Esther : Big Sister’s Clothes

J’avais initialement choisi pour introduire cette interview le titre « Clubland » d’Elvis Costello, qui parle de la ville dont il sera pas mal question (vous verrez), mais finalement ce morceau sied plus à Esther :

Dans l’Eurostar, 11 février 2015

Salut Esther,

On est pas mal, là…  Bon, aujourd’hui, on va principalement parler de tattoos et de bibliothèques, mais j’aimerais que tu te présentes rapidos, pour que LES AUTRES sachent à qui ils ont affaire, tout de même, c’est la moindre des choses dans une société civilisée. Age, job, city, mademoiselle.

10622785_10152455210783591_7766268075030247617_n
Esther : J’espère que personne ne t’accusera de népotisme, mais je suis la plus jeune héritière de la dynastie MK. J’ai 25 ans et j’habite à Londres depuis un peu plus de 3 ans. Depuis mon arrivée dans la capitale internationale du fish & chips, j’ai eu quelques jobs dont bartender, ce qui m’a donné l’occasion de commencer une collection de petits mots d’admirateurs éméchés, et stagiaire, où j’ai pu observer une battle entre les deux boss, l’un mettant Hole à fond et l’autre Nirvana (tout le monde a perdu, surtout au niveau des tympans). Un peu par hasard, j’ai trouvé le job que je fais aujourd’hui, pour la boîte d’e-commerce Farfetch. Je suis responsable du contenu de la version française du site, du coup au quotidien j’écris, je traduis et je gère une petite équipe française. J’ai fait des études de design de mode, du coup mes amis qui sont restés dans des domaines purement créa me demandent toujours à un moment où à un autre si ça ne me manque pas, mais honnêtement pas vraiment. Le côté ultra compétitif de la création, ça va 2 minutes, mais je préfère avoir une vie et des projets à côté ! Et je suis arrivée au bon moment dans la croissance du site, ce qui m’a permis d’obtenir des responsabilités rapidement.

Okay, tu es un peu la petite dernière fonctionnaire, mais dans la mode. Nice.

Venons-en au vif du sujet, tu as quelques tatouages, je te remercierai de me les présenter, tous, en me racontant, soit l’idée de départ, soit en me donnant de l’info sur le tatoueur, « Pourquoi lui? », déroulé de la séance, réactions extérieures, bref, croustillance is always welcome.

Esther : Pour faire simple, on va faire chronologique. Mon tout premier, je me le suis fait faire à 18 ans. C’est une hirondelle, un symbole récurrent chez les matelots qui se faisaient faire une hirondelle la première fois qu’ils franchissaient l’équateur, et une deuxième en face, reliée par un fil, quand ils revenaient (s’ils revenaient). En gros, petit oiseau part du nid mais reviendra car la migration est saisonnière ! L’idée est classique, le dessin un peu moins car je ne voulais ni d’un flash ultra rétro de pin-up ni d’un dessin “new school” trop ancré dans l’époque et qui risquait de mal vieillir.

IMG_3403

J’ai une cicatrice de piqûre de moustique australien et c’est un peu dégueu d’où la croix sur la photo…

Pas de photo pour le deuxième, fait par Kostek de la Boucherie Moderne, car je vais le faire couvrir dans quelques semaines.

J’oublie régulièrement mon troisième ! Il est signé Rafel Delalande, qui fait partie de la même “scène” toulousaine que Guy Le Tatooer, et proche du londonien Liam Sparkes. J’étais un peu limite nervous breakdown à l’idée d’être topless, mais Raf était à la fois super pro et attentionné, rien à voir avec certains tatoueurs qui se veulent hardcore. Et les points, c’est quasi indolore !

FullSizeRender

Mon quatrième, celui que les gens remarquent le plus : mon oeil sur le poignet, réalisé par Maxime Büchi. Il est bien connu en tant que tatoueur aujourd’hui, mais je l’avais rencontré une nuit d’open bar au festival d’Hyères et j’étais hyper impressionnée car très fan de son magazine, Sang Bleu. On avait gardé contact, et c’est pour lui que j’ai bossé en arrivant à Londres ! Si vous êtes déjà allé en Turquie ou en Grèce, vous n’avez pas pu échapper au nazar boncuk, le mauvais oeil qu’on voit partout. Je voulais un porte-bonheur dans le même esprit mais avec un dessin un peu plus raffiné. Il est assez différent du style habituel de Maxime, mais il savait que j’y tenais. C’est mon seul en couleur, et si c’était à refaire j’oublierais le remplissage en blanc (qu’on ne voit d’ailleurs pas) dont la cicatrisation a été plus longue et douloureuse que tous mes autres tatouages.

FullSizeRender (3)

Le suivant, c’est Simone, le nom de notre granny, fait quelques semaines après son décès par un mec choisi un peu au hasard (Maxime était aux US). Je lui ai fait modifier la typo pendant hyper longtemps, même si elle a l’air toute simple ! Par principe je ne me fais pas tatouer de nom (je pense que ça porte malheur) ni de mots (que je regretterai certainement), mais c’est l’exception qui confirme la règle !

FullSizeRender (4)

Number 6, mon petit foxxy fox. Si l’oeil c’était Istanbul, le renard c’est Londres ! Ici ils sont partout. Quand je rentrais en vélo du bar où je bossais, je passais par un cimetière/parc et j’aimais bien ce petit moment de tranquillité avec les renards pour seule compagnie après une nuit souvent agitée ! Ca s’est décidé du jour au lendemain car Maxime avait une annulation, et on se connaît assez pour qu’il sache très vite ce qui me plaira !

FullSizeRender (6)

Sur l’autre bras, symétriquement, mon artichaut, encore Maxime, encore décidé à la dernière minute. C’est peut-être mon préféré, mais je l’explique rarement, à chacun de l’interpréter !

FullSizeRender (5)

Et le dernier, ma petite sirène ! Shangri La (où on peut trouver Raf, Liam) faisait une soirée un vendredi 13 l’an dernier, flash uniquement, premier arrivé premier servi. L’ambiance était hyper détendue, avec bières et chips à volonté, style la boum. J’y suis allée avec un copain, et j’ai choisi la sirène de Lesley Chan un peu comme ça. Un de mes amis m’appelait mermaid quand j’avais les cheveux bleus/verts… Quand on commence à avoir un certain nombre de tattoos on peut se permettre d’y aller plus à l’instinct qu’au début.

FullSizeRender (2)

Merci pour ce petit catalogue de skin delight ! Ca donne des envies, en tout cas, c’est toujours chouette de constater que pour une idée de motif, il existe 1000 façons de traiter le sujet.

Now that’s what I call music. Tu habites Londres, du coup, à toi je vais demander de me donner envie d’écouter UN -et un seul- disque, en provenance de la cité de Jack l’éventreur, mais pas nécessairement un disque qui fait peur, ni forcément récent.


Esther
: Même si je ne l’écoute plus en boucle comme j’ai pu le faire au lycée, impossible de passer à côté du premier disque des Libertines, Up the bracket. Selon moi (et plein d’autres gens), c’est un petit chef d’oeuvre nerveux et efficace. J’ai passé tellement d’heures à mémoriser les paroles de toutes les chansons ! L’album est londonien jusqu’au bout des ongles (ou plutôt londonien comme je l’imaginais à l’époque), et encore aujourd’hui quand je passe par une des rues mentionnées dans les chansons, Vallance Road par exemple, je suis toute nostalgique. Carl Barat et Pete Doherty (dont on oubliera les errances et la bedaine récentes), autant biberonnés aux Clash et autres Sex Pistols qu’à Huysmans et Saki, m’ont réconcilié avec la notion qu’on pouvait être à la fois cool et hyper cultivé. Et les deux likely lads ont inspiré toute une génération d’indie kids anglais à créer leurs groupes, que je découvrais sur MySpace (je vous parle d’un temps que les… bon, on a compris) et qui me donnaient furieusement envie d’aller m’installer dans la belle Albion.

Ce qui m’amène au titre Common People de Pulp, la seule et unique chanson de mon répertoire de karaoké (un vrai hit dans un rade australien, où deux vieux m’ont assuré vouloir acheter mon futur album). La fille à papa de la chanson étudie à Saint Martins College, une école d’art londonienne que j’ai failli intégrer après le bac. Si ç’avait été le cas, peut-être aurais-je été la muse d’un néo Jarvis Cocker… ah, non merci en fait. J’ai parlé d’un seul disque, la chanson c’est bonus :


On te donne ça, et voilà. Bien!

Feed me books now. UN auteur londonien qui te plaît particulièrement (Charles Dickens étant arbitrairement prohibé). Quel book, par exemple?


Esther
: Si ça ne t’ennuie pas je vais te parler d’une de mes lectures les plus récentes ! Dorian, de Will Self (pas traduit en français à ma connaissance, mais Télérama est là pour en savoir plus sur l’auteur), offert par un ami à Noël. Mine de rien, j’adore qu’on me prête/me conseille/m’offre des livres, même si je proteste car je préfère lire sur mon Kindle, plus facile à glisser dans mon sac et moins lourd à déménager.

Tiens, j’ai acheté « Le piéton de Hollywood », après avoir vu une interview dans ‘La grande librairie’, il doit m’attendre quelque part depuis près d’un an… ‘Dorian’, what is it talking about?

Esther : C’est une réécriture du célèbre Portrait de Dorian Grey d’Oscar Wilde, publiée en 2002 et dont l’action se passe dans les années 1980 et 1990. Le décor est planté dans la scène aristo-bourgeoise-arty-gay-junkie du Londres de l’époque, et quasiment tous les personnages meurent du SIDA, sauf le beau Dorian qui semble immortel mais transmet bien le virus à tous ceux qui le connaissent bibliquement (façon de parler). Au lieu d’un portrait, l’oeuvre qui vieillit et meurt à petit feu à la place de Dorian est une installation vidéo, Cathode Narcissus. Bonne ambiance donc. Je déconseille aux âmes sensibles, et j’en déduis que mon ami Alex sait que j’ai le coeur bien accroché.

1 2

Thanx, ce bouquin me met en appétit.

Liaison plus facile que dangereuse, évoquons les biblis… Tu fais partie des gens que je côtoie qui ont un (voire plusieurs) lien de parenté avec des bibliothécaires. Il était donc logique que je t’interroge sur le sujet. J’avais aussi fait un petit billet là-dessus… Primo, raconte-moi un souvenir amusant, ou particulièrement traumatisant (il n’y a pas d’entre-deux) dont la scène se passerait en bibliothèque.


Esther
: On va faire dans le traumatisant, car mes histoires préférées sont celles où je suis the butt of the joke. Quand j’avais 4 ans, on avait un logement de fonction au-dessus de la bibliothèque de Pau, que je voyais donc comme une extension de l’appartement familial. C’était une autre histoire pour la bibliothèque départementale où travaillait notre mother, qui se trouvait à la campagne (en fait sûrement en banlieue, mais dans ma tête c’était la campagne), un peu ma résidence secondaire donc. Elle m’avait proposé de l’y accompagner un jour, et pour faire honneur à la dynastie MK j’avais décidé que j’avais besoin de rafraîchir ma coupe en vitesse. Résultat : une belle frange en escalier, car on ne naît pas coiffeuse, on le devient. Pour réparer les dégâts, j’ai eu droit à une micro frange, plus Matali Crasset que Bettie Page, immortalisée sur la vidéo de mon récital de danse (alors que tous les autres petits rats ont des vrais chignons). Heureusement que plus personne n’a de magnétoscope !

Une histoire capillaire en bibli n’impliquant ni chignon ni livres, ah ça j’aime !

Aurais-tu un mot à me dire sur les biblis londoniennes? La British Library, les Idea Stores, ou autre!?


Esther
: Je vais sûrement me faire déshériter mais je fréquente peu de bibliothèques ! La British Library est super belle mais j’y vais rarement. Je lis principalement sur Kindle, donc j’achète sur Amazon, et les livres qui sont tombés dans le domaine public sont dispo gratuitement ici ! Quand il ne s’agit pas de livres de poche, je ne boude pas le plaisir de feuilleter, et j’aime beaucoup la version rénovée de la mythique librairie Foyles à Tottenham Court Road. Sur Broadway Market, près de chez moi, Artwords est la référence en matière de magazines et de gens bien sapés, ainsi que Donlon qui se spécialise en livres rares.

3 4 5
Je ne sais pas si tu seras déshéritée, au moins a-t-on des bons plans bouquinade. Et fashion.

Tu as abordé toute seule la rubrique « Vie de quartier », et je t’en remercie ! Tu as pas mal voyagé, et tu as vécu notamment à Toulouse, Paris, Istanbul, avant London. Qu’est-ce qui ici te plaît particulièrement? Tu envisagerais de finir tes jours à Londres (comme évidemment à 25 ans on sait déjà de quoi la vie sera faite), tu vois plus grand, NY, Pékin, ou un peu plus intimiste, un village en Ardèche, genre?


Esther
: Le village en Ardèche, on oublie tout de suite ! J’ai besoin de ma couverture 3G, d’un accès à des magasins/restos/bars ouverts 7j/7 et surtout la possibilité de voir des amis différents tous les jours de la semaine ! Et surtout, mon dream job ne se pratique que dans certaines métropoles. Possible que dans 10 ans je me retrouve à vivre avec un pêcheur grec à Santorin, mais c’est peu probable.

santorin

Après Istanbul je devais m’installer à New York. Ca ne s’est pas fait, et une de mes connaissances dont j’admirais le travail cherchait un assistant à Londres. Un appel Skype plus tard et je réservais mon aller simple en Eurostar. Même si c’était mon rêve à 16 ans, c’était plus un concours de circonstances à 22 ans ! Je me vois bien bouger à Los Angeles un jour, mais sans visa le choix se limite plutôt à Londres VS Paris. Ce que j’aime ici, c’est que jeune ≠ incompétent. Le mode de vie est différent et sans faire trop dans le cliché c’est là que j’ai une vie sociale et culturelle la plus active. Je vis à Dalston, un quartier connu pour sa nightlife, mais où les commerçants me connaissent par mon nom. Les serveurs parisiens qui se lèvent tous les jours du pied gauche, non merci. Ah, et la moitié de mes amis sont français, donc pas trop de dépaysement de ce côté-là !

dalston

Esther, merci pour tous ces petits tips & tricks… Comme la page de pub est exceptionnellement gratos aujourd’hui, dis-moi où on peut te suivre…
Esther : Moi aussi j’ai un blog ! Il s’appelle Tell Me About Your Job et surprise surprise, j’y parle boulot ! Le programme habituel, c’est une interview hebdomadaire où quelqu’un me parle de son job, en général un peu hors des sentiers battus. Les gens à qui je parle ne sont en général pas connus et comme ils sont assez jeunes (de la vingtaine à la petite trentaine), leur carrière est un work in progress ! Je trouve aussi intéressant de lire des interviews avec des gens célèbres pour ce qu’ils font mais mon truc, c’est un peu de décomplexer quelqu’un qui ne saurait pas trop vers quoi se diriger. En entrant dans la vie active, je me suis rendue compte que j’étais entourée de plein de gens au parcours passionnant et pas forcément classique. Et chaque personne me met en contact avec un ami à qui je pourrais parler, donc j’élargis le cercle chaque semaine !

Weiterhin viel Erfolg! Danke sehr u. bis bald, Miss MK!

bis_bald_im_Wald_Titelseite

Publicités

Une réflexion sur “Esther : Big Sister’s Clothes

  1. Pingback: Dreamgirls | Kill Moss Stars

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s