Guillaume Gwardeath : Have cool, will travel

Gwardeath-Van-Kicking

Jeudi 25 septembre 2014, 00h46

Entrevue avec Guillaume Gwardeath, dans un bar à cocktails.

On ne t’a pas vu dans le Vercors sauter à l’élastique, aux dernières nouvelles…
Non. Mais ça commence bien, cette référence à Bashung. J’adore cette chanson, meuf. « J’ai fait la saison dans cette boîte crânienne », magnifique.

en revanche tu es un peu partout, tout le temps, et depuis très longtemps, sans qu’on ne sache exactement toujours pourquoi.

Pas sûr que j’en sache beaucoup plus, tu sais. Malgré le temps.

J’ai même longtemps cru que tu avais, genre 50 ans de plus que moi, jusqu’à ce que je trouve dans un des livres de ta bibliothèque une photo de toi, époque Fury Fest v.1 et, bien que barbu, tu étais finalement ce que j’appelle du haut de mes 34 ans un « bébéééé! »

J’ai ça dans un livre de ma bibliothèque, moi ? Mince, faudra que je regarde dans quelle section tu es allée farfouiller. Eh bien en tout cas, j’ai 43 ans. Ça me laisse quand même pas mal d’avance. Mais même à l’époque du Fury Fest, j’étais déjà une sorte de vieux, non ? En tout cas pour passer tout un week-end à aller voir du punk, du hardcore et du metal. Tu sais que pendant ce temps-là, ma meuf de l’époque était recluse dans la piaule du Campanile, concentrée sur les ultimes révisions pour passer son concours de prof. Quand le festival s’est terminé, on a repris la caisse et on a tracé à Tours où avait lieu le concours. On savait s’organiser des bons road trips thématiques, dans le temps…

D’aussi loin que je me souvienne donc, tu écrivais dans Abus Dangereux et Noise, manageais Belly Button, tu as été programmateur à Barbey, tu as dirigé le Zoobizarre… je te ressors tout ça un peu pêle-mêle!
Ouais, c’est pêle-mêle. Alors je remets rapido dans l’ordre. J’ai managé le groupe Belly Button, en effet, dans la deuxième moitié des années 90, mais c’était plus une histoire de potes qu’autre chose. J’écris toujours dans Abus Dangereux, c’est exact. Mais c’est plus ou moins intense selon les périodes et mes dispos. Pour Noise, en revanche, c’est tout récent. J’ai fait quelques contributions pour Punk Rawk, Rock One, Jade, des trucs comme ça, mais mes premiers papiers signés dans Noise, ça date de cette année, chère amie. J’ai bossé à Barbey, qui est une salle de concerts, mais je n’y ai fait qu’un peu de programmation. J’ai plus bossé comme « chargé de production », comme on dit dans le milieu. Je suis content d’avoir pu faire jouer des groupes que j’adore, comme Entombed, The Ex, The Evens ou, je ne sais pas, The Devil Makes Three. Et aussi d’avoir participé, à mon humble échelle, à l’accompagnement de groupes dits « émergents ». Là, ça va du metal comme Gojira au rap comme Odezenne, en passant par des ovnis comme Carabine – que j’adorais mais qui ont hélas explosé en plein vol. A Barbey, j’ai adoré monter les cinéconcerts. Parmi mes meilleurs souvenirs il y a le cinéconcert « Call Of Cthulhu » avec Jenx, un « Maciste aux Enfers » avec Gojira, un « Dr Jekyll & Mister Hyde » avec les Sleeppers et le remarquable « Vampyr » mis en musique par Year Of No Light. En ce qui concerne le Zoobizarre, je ne l’ai pas dirigé, j’ai été président de l’asso, mais c’était un fonctionnement associatif, c’est-à-dire plus ou moins collectif. C’était un cool club, assez précurseur. Qui est donc devenu, après un peu de remue-ménage, l’Heretic Club, hein, dans un genre beaucoup plus rock’n’roll. C’est des bons souvenirs tout cela, oui.
Et qu’est-ce qui fait de toi un être aussi exceptionnel et en vogue, que tu sois accrédité sur tous les festivals du monde, attablé backstage avec les meilleurs?
Quand je suis accrédité, c’est que j’ai un plan pour bosser, c’est juste ça en général. Je ne suis pas très « people », moi. En général, je suis accrédité par un média, ou par une boîte qui a passé un partenariat avec le festival. Il m’arrive parfois de filer un coup de main à la com. Sinon, ouais, c’est un mélange de réseautage professionnel et de pure incruste.

Non mais en fait la question, c’était de savoir : aujourd’hui, tu fais quoi exactement de ta vie? Networker is an attitude or a way of life?
Ah. En ce moment, je fais essentiellement du boulot de rédaction, et en effet ça concerne pas mal, disons, la presse culturelle et musicale. Je fournis du « contenu éditorial ». Voilà. C’est ça le mot. Que ce soit sur papier ou sur internet. Mais oui, ça fait partie de mon  « way of life » comme tu dis. En tout cas je suppose que ça me plaît. Sinon je n’aurais pas démissionné de mes jobs d’avant. Je ne sais pas. Je me prétends toujours hyper rationnel, mais je crois que je suis pas mal mes intuitions.

Je te vois parfois promouvoir sur tous les réseaux sociaux pendant 15 jours, 24/7, des événements genre, justement, The Devil Makes Three qui joue dans un squat toulousain, ou encore ce groupe de nanas suédoises, Tiger Bell, qui commence à être pas mal connu en France, tu es über-actif en ce qui concerne le roller derby… C’est quoi ton rôle exactement là-dedans, et qu’est-ce que tu en retires, au juste, mis à part bien sûr, la compagnie de filles talentueuses, marrantes et plutôt jolies ?

C’est le fait d’être talentueuses et marrantes qui rendent les filles jolies, non ? En tout cas en ce qui concerne le roller derby, je ne suis plus investi dans cette scène-là, car c’était un projet que je faisais avec une autre personne, qui a complètement cessé cet investissement, donc le dossier a été plié. C’est la vie, comme disent les Français. Je suis juste encore un peu ce qu’il se passe en France et si j’ai l’occase je vais voir un match. Guère plus. Si : j’achète des badges ou des T-shirts au stand des équipes, et des cookies ou des muffins à la buvette. Après, pour les groupes que tu as cités, j’ai été présent pour des raisons de connexions personnelles. Je n’ai pas eu d’activité officielle d’attaché de presse. J’aurais bien aimé monter une agence pour développer ce genre de projets, mais aucune tentative n’a sérieusement abouti, faute de partenaires 100% disponibles. Et aussi, je suis conscient qu’il faudrait être plus ou moins parisien pour mener à bien ce genre de job, ou passer beaucoup de temps sur Paris. Cette perspective n’est pas pour m’enchanter. Je préfère essayer de passer plus de temps sur la côte.

SURF PUNKS

C’est tout de même assez hard de dégager du fric en tant que « community manager » d’artistes parfois un peu confidentiels, tu avoueras, on ne vend pas des Danone, ici. Je ne doute pas que tu sois un motivator pour ceux qui te suivent, mais à quoi tu joues, tu fais des paris sur l’avenir?

Oui, c’est sûr qu’il faut toujours être présent, et être toujours, comment dire, en veille active. Mais comme je te l’ai dit, je ne fais pas de community management en tant que tel. J’ai bossé pour des boîtes qui en font mais je me verrais très mal me présenter comme « community manager ». Je pense que ceux qui s’en sortent professionnellement, je veux dire dans l’indé, hein, ce sont sont qui bossent régulièrement avec un bon panel de groupes mais aussi avec deux ou trois festivals qui fonctionnent bien et qui ont besoin d’une bonne présence promo sur le web. Pas de paris sur l’avenir, pas d’avenir sur Paris.

Ah ah, tout dépend du point de vue. Sinon, sans vouloir faire d’ingérence sur ta déclaration d’impôts, j’aimerais savoir quelles sont tes activités lucratives, et tes occupations purement désintéressées et altruistes?
Jusqu’à peu, j’ai toujours travaillé comme salarié, et mes activités rédactionnelles ou plus indé venaient en complément. Je pouvais donc déclarer mes salaires aux impôts, pas de souci. Je ne sais pas si j’ai été poussé par la crise de la quarantaine, mais j’ai décidé d’essayer de faire un max d’activités qui m’apportent vraiment de la satisfaction. C’est plus dur, mais je fais en sorte d’arriver à tirer mon épingle du jeu. Il faut faire certains sacrifices, mais de toute façon, la vie est histoire de choix sur le point de décider ce que l’on veut sacrifier : son confort ? Son temps libre ? Ses ambitions ? OK, n’employons pas le terme « sacrifier », ça fait trop black metal. Disons.. privilégier. Voilà. Il faut privilégier certains choix. Bon, ça m’ennuie de devoir être sérieux. En tout cas, pour te répondre, je facture mes différentes prestations à des agences de com ou des agences créatives, comme on dit, et, en règle générale, à des éditeurs de presse. Quant à mes occupations désintéressées et altruistes, il n’y en a pas tant que ça, à part des contributions à des fanzines ou à des ouvrages collectifs dont je sais que de toute façon ils fonctionnent avec des budgets hyper serrés.

Sur un autre terrain, tu as été consultant sur des projets de logiciels informatiques liés à la musique. Selon toi quelle est l’expertise particulière que tu peux apporter?
Oui, j’ai bossé pour une boîte qui est la référence en France des logiciel dédiés aux métiers de la diffusion artistique. Il s’agit de solutions en ligne utilisées par des agences de tournées, des théâtres, des festivals, etc. Ça m’arrive encore fréquemment d’être consulté pour donner mon avis sur tel ou tel projet, ou appli, mais c’est plus de l’ordre de la conversation ou du Bêta test que de l’expertise, pour être honnête. Tiens, puisqu’on parle de services en ligne dédiés à la musique, je vous conseille de suivre ce que fabriquent mes potes de Blitzr. Ils sont installés sur le campus, à Bordeaux, façon start-up.

J’ai vu que tu avais étudié à Sciences Po, dans ta prime jeunesse, quelle carrière tu envisageais d’embrasser, à la base?

Ben, je voulais être journaliste, ou peut-être sous-préfet. Je ne me souviens plus très bien. J’étais jeune et je manquais de maturité.

Et ces études t’ont apporté quelque chose dans ce que tu fais aujourd’hui? Diplomatie, réseautage?
Pour répondre sérieusement, je pense que ce genre d’études peut être pas mal pour ce qui relève de la capacité à synthétiser les informations, et à travailler de manière transdisciplinaire. Mais bon, c’est lointain, inachevé, digéré et je n’y repense jamais. Mon réseau vient d’un autre milieu. Le sens de la diplomatie est une bonne chose, c’est bien que tu le cites. Je ne sais pas dans quelle mesure je peux prétendre être doué de cette qualité mais je pense que cela vient plutôt avec le temps, l’expérience, et le travail que l’on effectue sur soi. Tout ce qui est de l’ordre de comprendre ses frustrations, de maîtriser ses colères, etc. Pas facile, mais fondamental. A la ville comme à la scène. Au bar à cocktails comme à la maison.

J’en prends bonne note. Well, tu te déplaces beaucoup pour le job, ce qui j’imagine doit être très excitant…

Je me déplace beaucoup moins aujourd’hui que par le passé. Et puis l’excitation peut céder du terrain à la routine, aussi, ou au stress, ou à la culpabilité d’avoir un bilan carbone merdique.

…tu penses être un peu hyperactif?
C’est une question à laquelle je réponds toujours « non », et mes proches se marrent. Alors je te réponds non.

Et qu’est-ce qui te ramène toujours à Bordeaux, tel un bilboquet?
J’ai ma maison à Bordeaux. Et c’est une ville que j’aime bien. Je peux y parler avec l’accent du Sud-Ouest sans avoir l’air d’être un plouc intégral. Ma vie de quartier est bien organisée. Tu as vu l’impasse sur laquelle donne mon arrière-cour ? C’est cool, non ? On ne se croirait même pas dans une grande ville. J’ai mes habitudes, mine de rien, au marché, et dans les clubs de sport que je fréquente. Et puis je suis invité à pas mal de concerts, j’ai de la chance. Et aussi j’aime bien cet équilibre qui existe à Bordeaux : on peut y vivre largement dehors, à la méridionale, des tapas à la main… et en même temps on n’est pas obligé d’être tout le temps les bras dessus-dessous avec les gens. On peut conserver une certaine distance. C’est peut-être un tempérament hérité de l’époque ou Bordeaux était anglaise ? Je me plais à le croire.

Le monde est grand, pourtant, non?
Oui, mais qui suivre ?

Le Lapin blanc? Now let’s talk about tattoos… J’ai pu voir lors de chaudes journées que tu en avais quelques uns.

Exact.

Tu peux me raconter une petite anecdote, ou l’origine de l’UN d’entre eux, car on n’est pas là pour faire l’inventaire de ton corps, non plus?

Ah ah, ok, j’ai compris. C’est des histoires assez personnelles. Bon, j’aime bien par exemple « la cendre des rêves » qui est nichée dans un recoin. Le dessin est de Havec, qui est un illustrateur talentueux et avec qui on se retrouve de temps à autre pour boire des coups ou vivre de petites aventures. Je suis fan de son boulot et j’ai été flatté quand il a accepté de redessiner un gribouillis que j’avais fait sur mon carnet de notes, à Paris, dans un rade, à un moment où j’étais complètement zombifié par un rhum agricole titrant à 59°. J’étais à la recherche de la vérité. Pour moi, ce petit tatouage est une sorte de planche encyclopédique. Comme un dessin éducatif. On y voit les flammes de la réalité en train de consumer les nuages des rêves, dont les cendres retombent comme une pluie épaisse. Il se trouve que les cendres des rêves constituent une matière largement méconnue, et qui gagnerait pourtant à être valorisée. C’est un pote à moi qui m’a inspiré, me faisant le rapproche de vouloir construire des projets sur la cendre des rêves. Je ne sais pas si c’est ce genre d’anecdote que tu voulais mais voilà, c’est une petite histoire vraie.

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C’est une chouette histoire pour un chouette tattoo.

En parlant de tatou et sans dévoiler de secret d’Etat, je crois que tu es un amateur de musées, notamment ceux d’histoire naturelle, d’animaux bizarroïdes…
Je ne suis pas un expert mais en effet j’aime bien visiter ce genre d’endroits, oui. Carrément. Enfin, les animaux n’ont pas forcément besoin d’être bizarroïdes. C’est l’ambiance, parfois, qui l’est.

J’adore aussi… Et est-ce que, comme moi, tu profites aussi de tes visites touristiques ou autres, pour te rendre à la médiathèque municipale?
Assez peu. Les médiathèques ont un peu tendance à toutes se ressembler, non ? Une sorte de normalisation. Je dirais que je me mets à fréquenter la médiathèque que si je passe un certain temps dans la ville. Ça peut être bien pour lire la presse, déjà.

Oui, c’est utile pour la presse et les toilettes, notamment pour les gens qui vivent dans la rue, c’est vrai! En revanche, elles ont toutes une ambiance différente pour moi, selon les architectes qui les ont conçues, les municipalités, les équipes. J’en parlerai bientôt dans un petit article, d’ailleurs. Mais tu as peut-être tout de même une histoire croustillante qui se serait déroulée en bibliothèque à nous livrer?
Moi, non. Green Day, oui. Ils en ont fait cette super chanson emo pop, « At The Library ».

Yes, j’ai découvert cette chanson il y a quelques jours. Tu as malgré tout un établissement à nous conseiller pour une raison particulière?
Oui, la médiathèque Les Temps Modernes à Tarnos, dans les Landes. C’est là où mes parents habitent. J’y passe chaque fois que je vais en vacances, ou en week-end prolongé. J’ai ma carte de prêt perso. Il y a une très bonne collection de DVD. Un des jeunes bibliothécaires, Gilles, fait un très bon boulot d’acquisition. Sinon je fréquente ma bibliothèque de quartier, la bibliothèque Flora Tristan, à Bordeaux, qui est modeste mais bien gérée et agréable. Elle est spécialisée dans les animations autour des jeux vidéos et attire pas mal d’enfants des environs. Mais moi j’y vais pour les bouquins sérieux et quelques films. Je signale que ces deux établissements figurent fièrement dans mon « board » Pinterest consacré à mes endroits préférés. 

Merci à toi. Pour la fin, je te laisse nous recommander un disque et un bouquin, hors promotion sauvage, en tout bénévolat.
Bon, eh bien un bouquin que j’ai justement emprunté à la bibliothèque Flora Tristan et que j’ai lu cet été sur un bout de plage : « La vie sexuelle des cannibales », de Jan Maarten Troost. Je me suis vraiment marré. Comme disque, il s’agira de fouiller dans les bacs de deuxième main ou au marché aux puces et de repartir avec n’importe quel single des Everly Brothers. Je peux écouter et écouter encore « All I Have To Do Is Dream » des dizaines de fois d’affilée.

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