One book, one song #4

Un petit One Book, One Song en passant, les enfants.

Il s’agit aujourd’hui du morceau ‘Crystal Frontier’ de Calexico, qui apparaît en 2ème position de l’album sorti en 2000, ‘Even my sure things fall through ‘.

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Sachez que cette chanson a été inspirée du roman ‘La frontera de cristal’, soit ‘La frontière de verre’ (1995) du mexicain Carlos Fuentes. Le bouquin consiste en une série d’histoires qui témoignent des relations entre les peuples nord-américain et mexicain. Pas mal de territoires US, de la Californie au Texas, étaient à l’origine mexicains, ce qui en explique tout logiquement l’attachement des mexicains, les interactions culturelles, et les relations frontalières.

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C’est un thème qui a toujours intéressé Joey Burns et John Convertino (comme on pouvait d’ores et déjà s’en douter à l’écoute de Calexico), si bien que le nom du band vient d’une ville californienne limitrophe.

La chanson décrit l’histoire du sud-ouest des USA, comme ayant toujours été un carrefour entre illusions et fantasmes.

Le premier couplet accompagne Fray Marcos de Niza, un explorateur franciscain, dans ses pérégrinations.

Le second raconte la vie d’une travailleuse de maquiladora (usine d’export) de Juarez.

Et le dernier est inspiré d’une histoire que Burns a lue dans un journal de Tucson, sur des kids qui vivent de l’existence même de la frontière. Pour les américains, ils peuvent obtenir du sexe et de la drogue pas chers, et pour les mexicains, des Nike Air (par exemple, hein.).

Le 13 juin 2008, la NASA a diffusé cette chanson dans l’espace -rien que ça- pour réveiller la petite équipe du Space Shuttle Discovery. Le morceau avait été choisi par la députée Gabrielle Giffords, femme du commandant du Shuttle, qui était également représentante du 8ème district congressionnel, zone incluant Tucson et Calexico. Comme quoi, rien n’est jamais fait au hasard. Et quoi de mieux pour réveiller la compagnie qu’une chanson entraînante et des trompettes ? No-thing.

Le 8 janvier 2011, un tireur fou a cherché à l’abattre lors d’une manifestation. Elle a heureusement survécu à ce drame. En mai, son mari de commandant, retourné dans l’espace, a demandé une nouvelle chanson-de-réveil, et Calexico a choisi cette fois ‘Slowness’.

Intéressant ? Retrouvez One book, one song #1

One book, one song #2

One book, one song #3

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One book, One Song #3

Ce ‘One Book One Song’ me permet de vous mettre doublement en appétit concernant mon invité de vendredi, mais c’est encore un secret. ‘Shh!’, comme on dit dans les bibliothèques anglophones, avec ses lunettes papillons.

THIS CHARMING MAN, The Smiths (1983)

Cette song se caractérise par ses riffs de guitare et ses paroles amères sur les thèmes du désir et de l’ambiguïté sexuelle.
Morrissey ne se sentait pas tellement proche de la culture gay mainstream 80s, et a préféré se rapprocher davantage des codes de la scène underground, évoquant la vulnérabilité et la manipulation, plutôt que les histoires de macho qui font suer tout le monde.
Le personnage de la chanson, qui a crevé le pneu de son bike sur une petite colline, est abordé par un ‘charming man’ dans une ‘charming car’. Après hésitation, le type grimpe dans la bagnole, dont le chauffeur le drague ouvertement, et l’invite à sortir le soir même. Le cycliste refuse, car il n’a rien à se mettre sur le dos (drôle d’excuse puisqu’on devine tous qu’il aurait fini vêtu comme un ver).
CE QUI EST UN PEU TRISTE, c’est que Morrissey, peu après la sortie du single, a confié qu’il n’avait pendant longtemps, eu ni job ni argent, donc pas de fringues dignes de ce nom. Il en prenait conscience lors des rares occasions où il était invité à sortir. Il a raté un max de fiestas, dont les cartons lui parvenaient un peu comme des cadeaux empoisonnés.
C’est dans cet esprit également que Morrissey emploie un vocabulaire volontairement old-school – loin de celui des standards de la mode – qu’il considère comme particulièrement pauvre.
La phrase « a jumped-up pantry boy, who never knew his place » fait allusion au film érotique gay de 1972 (Sleuth), qui est lui-même inspiré du roman ‘Loving’ d’Henry Green (1945). Dans cette histoire, le gardien d’un château irlandais accuse le garçon de ferme de vouloir agir comme si sa condition sociale était meilleure qu’elle ne l’était réellement, et se ne pas savoir rester à sa place (un peu l’histoire de Cendrillon ou des 4 filles du Dr. March, en somme). Ensuite, il y a une histoire de vol de bague dont le garçon de ferme est bien sûr accusé, à tort. Le bouquin retrace les petites guerres intestines entre les différents employés de cette maison sans propriétaires, entre égoïsme, chapardages, ragots et amours.
Le guitariste Johnny Marr a composé cette chanson spécialement pour une Peel Session de la BBC, la même nuit que ‘Pretty Girls Make Graves’ et ‘Still Ill’. Après l’avoir jouée à la radio, le label Rough Trade a suggéré que celle-ci sorte en single, plutôt que ‘Reel Around the Fountain’, qui était le choix originel (mais qui faisait un peu trop référence à la pédophilie, visiblement).
Bien en a pris Marr, car EN FAIT, quelques jours avant cette Peel Session, il avait entendu ‘Walk Out to Winter’ par le groupe Aztec Camera, et s’était senti prodigieusement jaloux. Son esprit de compétition lui a commandé une chanson entraînante en accord majeur. Voilà pourquoi il l’a composée en sol, chose qu’il fait rarement. Il a enregistré les accords de base en une prise sur un 3-pistes , et a doublé les mélodies et le riff d’intro.
Pour le bassiste Andy Rourke, il s’agit bien du meilleur single du groupe, la rythmique était presque contagieuse…
Le son que vous entendez à la fin du refrain provient d’un couteau sur la Telecaster de Marr, branchée à un  Fender Twin Reverb avec le vibrato on, jouée en accord ouvert. Les gens pensent parfois qu’il s’agit d’une Rickenbaker, il n’en est rien. Il y a trois couches de guitares acoustiques, une autre avec une longue reverb, et ce couteau. Pour les détails techniques, vous repasserez.
Sachez que David Cameron (futur Prime Minister conservateur) a confié en 2006 que cette chanson était l’une des 8 qu’il emmènerait avec lui sur une île déserte. Ce à quoi Marr et Morrissey ont assez vertement réagi, puisqu’ils ne sont pas vraiment fan du type, notamment en ce qui concerne ses positions sur la chasse.
Cette chanson est un single qui n’apparaît originellement sur aucun album studio du groupe.

One book, one song #2

Comme vous avez semblé apprécier le #1 et que je suis une personne très consensuelle, c’est reparti mon kiki, en voiture Simone et en avant Guingamp!
Today : Metallica, Jimmy Eat World, Manic Street Preachers et Green Day (ENFIN REUNIS)
!

Encore une assourdissante surprise, les paroles de For whom the bell tolls (album Ride the lightning, 1985) de Metallica sont inspirées par… Pour qui sonne le glas d’Hemingway (1940). Bravo.
Maintenant, apprenons-en un peu plus.

Le book, c’est l’histoire d’un jeune prof américain, Robert Jordan, envoyé en Espagne durant la guerre civile dans le but de faire sauter un pont qui était bien utile aux franquistes pour fomenter leurs petites affaires. Le type tombe amoureux d’une charmante résistante républicaine, Maria. Finalement, rien ne se passe comme prévu au niveau du timing, mis à part que le pont est bien détruit : on enregistre pas mal de pertes au compteur.
Ce roman est lui-même inspiré d’un vers du poème No man is an island, entire of itself…  de John Donne (1623 ou 1624, selon les sources, veuillez m’excuser d’être si évasive), voyez plutôt : ask not for whom the bell tolls, it tolls for thee, mais aussi de l’expérience d’Hemingway en tant que journaliste durant cette guerre.
La chanson, quant à elle, est une critique de l’absurdité de la guerre, en cela elle diverge du point de vue d’Ernest, qui est plutôt admiratif du Sens du destin espagnol. Elle démarre live par un long solo de basse, originellement interprété par Cliff Burton; ce solo est parfois pris pour une guitare, à cause de (ou grâce à) la « légère » disto utilisée par Burton. Il lui arrivait souvent de jouer cette partie à l’hôtel sur une gratte acoustique radicalement désaccordée, mais cela est une autre histoire, un peu technique dans laquelle je ne m’aventurerai pas : Kirk Hammett la raconte bien mieux que moi.
Le VRAI solo de guitare, lui, est une réinterprétation du final de Fairies wear boots de Black Sabbath, période Ozzy.

***

Goodbye Sky Harbor, titre de Jimmy Eat World sur Clarity (1999), a été écrit dans un avion. Alors qu’il décollait de l’aéroport de Phoenix-Arizona (Sky Harbor, donc), Jim Adkins pouvait encore voir sa petite amie restée à terre, d’où you are smaller getting smaller but I still see you.

Cette chanson s’inspire d’un roman de John Irving de 1989 Une prière pour Owen (A Prayer for Owen Meany), qui raconte une histoire d’amitié de deux jeunes de la Nouvelle-Angleterre dans les 50s-60s. Et l’oeuvre d’Irving emprunte elle-même au roman Le Tambour de Günther Grass (1959). Tout le monde se pique des trucs, c’est comme ça.

***

Ensuite, ensuite… Celle-ci est un petit cadeau pour un être qui m’est cher.
Motorcycle emptiness, sur le 1er album studio de Manic Street Preachers (Generation Terrorists, 1992) s’inspire du roman Rumble Fish (Rusty James in French), de Susan Eloise Hinton (1975). Vous la connaissez peut-être si vous avez lu The Outsiders.

L’histoire, c’est celle de Rusty James, donc, qui malgré son jeune âge, 14 ans, est un habitué du schnaps, de la drogue, des jeux d’argent et des combats de rue. C’est aussi celle de son frère The Motorcycle Boy, que tout le monde adore, passionné de moto et qui a les mêmes cheveux rouge cerise que Rusty James. Et celle de ses amis, ses ennemis, sa famille et sa petite amie, le tout sur fond de gangs de bikers.
Intéressons-nous à la chanson, maintenant, c’est un autre paire de manches : à la base, c’est un assemblage de deux anciennes songs de MSP, Go buzz baby go -dont elle reprend les accords ainsi que l’expression Motorcycle Emptiness– et Behave yourself baby, tirée d’une vieille démo . James Dean Bradfield a transformé ce petit monstre hybride grâce à un effet de guitare qui lui est venu en rêve. Les paroles critiquent les idoles de la pop culture, l’uniformisation des jeunes, et la vacuité du mode de vie et du consumérisme occidental. Les membres du groupe la décrivent eux-mêmes comme ‘une chanson de 6 minutes qui parle d’aliénation et de désespoir’. Certains vers sont tirés du poème Neon Lonliness de Patrick Jones, le frère du bassiste des Manic, Nicky Wire.
Sachez qu’une boîte de téléphonie US a réutilisé cet air pour une campagne publicitaire de 2003, ce qui n’a pas excessivement plu aux fans, qui avaient, eux, bien compris le discours anti-capitaliste qui se dégageait du morceau.
La chanson est une des premières que Wire et Edwards ont écrite ensemble : les types étaient obsédés par l’idée de bidouiller un mix de Rumble Fish avec une chanson de Jesus and Mary Chain, à la sauce biker. Ils y ont travaillé comme des dingos, mais ça reste un de leurs meilleurs souvenirs : c’est eux qui le disent.
Comme on ne parle pas sur ce blogz de cinéma, il ne sera pas fait allusion à Coppola, en revanche, je viens de voir que ces sacrés Green Day essaient toujours de s’infiltrer dans mes billets :

One book, one song #1

Aujourd’hui, nous allons démarrer une mini-série qui lie une oeuvre littéraire à une chanson. Of course, pour un livre donné, j’ai sélectionné un morceau qui me plaît, car si, par exemple Barbelivien s’était inspiré des Fleurs du Mal, 1/ça se saurait 2/je n’aurais pas nécessairement envie de vous en parler, et je ne dis pas ça parce que je n’aime pas la Vendée.

Ô surprise, Ô suspense, c’est bien « Le fantôme de l’opéra », roman fantastique inspiré des mystères de l’Opéra Garnier, écrit par Gaston Leroux en 1910, qui a conduit le groupe de heavy metal britannique Iron Maiden à nous livrer cette épique chanson de 7 minutes, sortie sur leur premier album Iron Maiden en 1980. Première apparition d’Eddie the ‘ead, qui deviendra leur mascotte…

Line-up de l’époque : Paul Di’Anno (chant), Steve Harris (basse), Dave Murray (guitare), Dennis Stratton (guitare), Clive Burr (batterie)

« A skeleton in the closet », morceau d’Anthrax paru sur « Among the living » en 1987 tire ses sources de ‘Apt Pupil’, un court roman de Stephen King (Un élève doué, in French) paru en 1982 dans le recueil « Différentes Saisons ». L’auteur y décrit l’apprentissage du Mal par un jeune américain qui découvre que son voisin, un vieil Allemand reclus, s’avère être l’ancien directeur d’un camp de concentration nazi. Le garçon a subitement le désir de tuer, et cauchemarde qu’il n’y parvient pas. Il s’empare d’un fusil, et va shooter des gens sur une autoroute. Les policiers mettront 5h à le neutraliser (à l’abattre en fait).

Cet album, Among the living, sur lequel le morceau apparaît est dédié à la mémoire de l’ancien bassiste de Metallica Cliff Burton, qui fut tué dans un accident 6 mois avant la sortie du disque.
Anthrax a une grande passion pour Stephen King, et il se trouve que l’inverse est vrai. Bonne nouvelle.

Et maintenant, intéressons-nous à « Don’t stand so close to me », de Police, paru en 1980 sur « Zenyatta Mondatta ».
Cette chanson parle d’un prof qui est exagérément attiré par l’une de ses étudiantes. Sachant que Sting enseignait lui-même avant de jouer dans Police, beaucoup de spéculations ont pu être faites sur la part autobiographique de ce morceau, fait qu’il a toujours renié.


La phrase « Just like the old man in the book by Nabokov » se rapporte évidemment à Lolita, roman qui parle d’un homme attiré par les filles plus jeunes que lui. A noter cependant que le Humbert de Lolita n’était pas, à franchement parler, un vieil homme…

See you in da bus pour la suite!