Les musiciens du métro

Ce court billet pour rendre grâce aux musiciens du métro parisien, qui égaient nos cœurs, nous émeuvent, nous font passer le temps, et nous agacent parfois.

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Dans la vraie vie – comprenez la rue – je ne suis pas une fanatique des troubadours du pavé. Tout dépend du contexte.

Si je suis en excursion touristique, je m’arrête TOUJOURS pour écouter ce type à la guitare sèche, qui, invariablement, reprend Oasis ou Police. Quel que soit son talent. Rarement on peut lui reprocher de manquer d’énergie.

Quand, en bas de chez moi, un groupe de six joueurs de flûte de Pan mirlitone du Joan Baez à heure régulière avec LA MÊME FAUSSE NOTE tout aussi assidûment depuis des années, il PEUT me prendre l’envie de malencontreusement renverser un pot de fleur. Vous imaginez, une fête de la musique quotidienne sous vos fenêtres ?

Dans le métro, c’est différent. Pourtant, je n’ai jamais croisé Keziah Jones incognito  , ni même le violoniste virtuose Joshua Bell, puisque je ne vis pas dans une vidéo Youtube.

Je n’ai évidemment pas ce problème d’être dérangée dans mes discussions téléphoniques (si vous me surprenez un jour à user de ma voix au bout du fil, c’est qu’un drame est arrivé, passez votre chemin), ni de devoir profiter des transports pour réviser des exams ou encore remplir mes papiers CAF. Quand tu prends le métro, il vaut mieux être préparé à partager un petit bout de vie avec les autres, sinon tu clamses. Plutôt que de risquer la mienne sur un vélo, j’ai « choisi » cette option.

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Toujours est-il que, je ne vais pas vous mentir, je ne suis pas RAVIE de passer 7h30 par semaine, hors loisirs, dans mon tube souterrain. Je ronchonne, je peste, je reçois (et donne parfois, okay) de petits coups de coudes agressifs en toute discrétion, je surveille les places en fin stratège, je fusille d’un regard impitoyable.

Et il m’arrive d’être affable. Car de petits miracles auditifs naissent de temps à autre, au détour d’un couloir ou d’une rame…

Il y a ces vieux tziganes accordéonistes, qui soufflent des standards révolutionnaires italiens ou traditionnels de l’est.

Il y a celui que j’appelle Jean-Michel Saxo, je vous laisse deviner de quel instrument il joue. Tous les matins je le retrouve et il m’envoie un bon vieux ‘Heal The World’ , qui est un morceau que je connais par cœur depuis 1992, mais que j’ai du mal à interpréter, vu que c’est assez compliqué d’entonner le lead, les chœurs et la voix parlée en même temps. Merci pour ta collab’ Jean-Mi.

Il y a cette gitane du sud avec ses bandes-son playback un peu dance, qui te tire une larmichette à chaque fois.

Il y a Mohamed et son clavier sur la 2, à qui n’importe quel être humain décernerait la médaille d’or de la poésie et du bouleversement.

Il y a cette dame-Cyrillus qui gratte son violon. Il y a une jeune fille qui entonne des airs lyriques. Il y a ce monsieur aveugle, qui, s’il ne fredonne pas, diffuse tous les matins sur ma route, tantôt Aznavour, tantôt Brassens. Il y a ces jumelles blondes atomiques qui font semblant de jouer et de chanter du Dolly Parton, mais personne ne se rend compte de rien, étrangement. Il y a ce jeune couple bellevillois un peu énervant qui a débuté il y a quelques semaines et qui prend doucement ses marques en duo. Il y a ce rasta qui chante et joue comme une casserole mais qui t’accueille avec bienveillance quand tu rentres de vacances, comme un ‘Welcome in Paris, dude !’ sur une mélodie qui s’habille en reggae.

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Il y a les autorisés et les fraudeurs, mais nous on s’en fiche un peu, finalement.

Il y a surtout l’ami Franck Almana , qui a d’ailleurs remporté une médaille aux Métro Music Awards 2016, grâce à son clip ‘Sailor’.

MERCI DONC A VOUS, MESSIEURS-DAMES, POUR TOUTES CES HISTOIRES QUE VOUS NOUS CONTEZ.

(A Barcelone, des emplacements sont prévus pour les musiciens dans les couloirs du métro, mais je n’en ai vu pratiquement aucun. Paris, c’est mieux, t’as vu.)

PS : Ah, et MERCI à mes lecteurs du monde entier! Je vais essayer d’être plus prolixe…

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When Paris Went Dark

Je suis Agathe, bibliothécaire dans le 18ème . Parfois, j’aimerais mieux que les lecteurs posent leurs questions à ma collègue muette, mais finalement j’adore ça, mener une enquête dans les tréfonds de ma connaissance pour dénicher leur bonheur. Ça me fait oublier que je suis fonctionnaire.

Je suis Fernand, mi-martiniquais, mi-lorrain, j’espère que les gens ne me prennent pas pour un islamiste ni pour un hipster, avec mon keffieh et ma barbe de trois jours. Parfois, les gens, ils comprennent rien. En plus je suis catholique.

Je suis Djino, je fais des allers-retours entre Drăgănescu, pas loin de Bucarest, et Paris. Ma femme et mes gamins me manquent, et je suis comme un con toute la journée devant le Monoprix à attendre une piécette de la part de gadjé qui dépensent dix euros dans un shampoing. Elles n’auront jamais les cheveux aussi doux que ceux de ma Rodica.

Je suis Dave, je n’ai plus de dents, l’alcool a eu raison de ma silhouette, mais je peux vous le dire, on a bien ricané du temps du Pali-Kao. Si j’ai assez de thunes, j’irai voir les Ramoneurs de menhirs, ça va être au poil.

Je suis Mireille, fraîchement retraitée de l’usine, eh ben finalement, c’étaient pas les étrangers qui me rendaient hystérique, c’était le boulot, fatigant de se lever à 5 dum’ quand ça danse la samba dans l’appart’ à côté. Maintenant, j’arrête de gueuler sur tout le monde dans l’immeuble, je promène les clébards, peinard.

Je suis Capucine, j’ai pas mal de succès avec ma pièce sur le cancer du sein que j’ai vaincu il y a sept ans. Depuis, je croque la vie et les fesses de mes copines.

Je suis Rubén, je finis ma thèse sur la modélisation systémique en géographie, et parfois je joue de la gratte en bas du funiculaire de Montmartre. L’été prochain, j’aimerais bien emmener Loredana à Puerto Varas, elle ne connaît pas le Chili.

Je suis Kader, je tiens un rade à Saint Ouen, il y a les vieux arabes qui jouent aux échecs en buvant un thé à la menthe, il y a la facho de l’immeuble d’en face qui vient pour se friter, et il y a la petite blonde qui vient squatter ma terrasse dès les premiers rayons du soleil. Elle est pas tellement habillée mais on la traite comme une princesse. Mon fils, il est pédé et il lit des bouquins. Je te jure, y en a qui ont le temps…

Je suis Claire, ne m’appelez pas pour un apéro, tous les soirs ou presque je suis au théâtre. Dans mon job, on leur file des subventions, et moi je vais voir toutes ces pièces que j’ai dénichées à Avignon, ma petite escapade annuelle. Sinon, je reste à Montreuil, ça sent Bamako, ça sent la Défense et ça sent l’acrylique de la friche artistique d’à-côté. Ça sent TROP bon, comme dirait ma fille.

Je suis Sonia, je suis une pute, alors ça ne sert à rien de me faire remarquer que ma jupe est courte. Déjà que la voisine m’engueule à cause du bruit des talons dans l’escalier quand je rentre à l’aube… quelle tarée celle-là, c’est pas son cul qui lui rapporterait de quoi payer son loyer !

Je suis Hiram, je donne des cours de violon à des gosses du 16ème en attendant que mon talent explose à la face du monde. Ils vont bien finir par me signer, et là, parmi les anciens profs, les potos et les D.A., je peux te dire que certains ne feront plus les marioles, ils me boufferont tout cru dans la main ! Je sens que je me rapproche du but, doucement, insidieusement.

Je suis Laurent dit Lolo, je me suis cassé de Paris le jour où j’ai surpris mon meilleur pote dans mon lit avec ma nana, il faut dire que j’étais rentré un peu plus tôt que prévu de tournée, surprise !! Je reviens souvent, pour bosser, c’est pas mal de stress comparé à Blois mais ça permet de revoir les copains.

Je suis Nazrienne, j’ai rencontré l’amour de ma vie qui est français, alors pour que je puisse rester, on s’est mariés. Bon, je n’ai pas un super boulot comme à LA, alors en attendant je fais la touriste et je fais rêver mes copines sur Facebook en postant des photos de moi buvant du vin et mangeant du fromage dans des spots parisiens bien typiques.

Je suis Needlos le tatoueur des Halles, je suis Adrien le lycéen de Louis-le-Grand, je suis Lochan le vendeur de fruits rutilants d’Opéra, je suis Paul le graphiste de Bastille, je suis Michel le saxophoniste de Saint-Lazare, je suis Mehdi l’analyste financier de la Défense, je suis Anna la sportive du parc de Bercy, je suis Slimane, je fais le malin avec mes copains au fond du bus.

Nous sommes Paris.

Je suis Fatou, je bosse sur les lights du concert ce soir. Je suis Martin, je vais me détendre de la semaine de ouf que j’ai passée, avec mon cousin en terrasse. Je suis Julie, c’est moi qui ai gagné les deux invitations à la radio. Je suis Mickaël, rédac chef du webzine, je vais faire le live-report à la place d’Eric ce soir. Il dîne avec sa copine au resto, je vais les rejoindre pas loin de République après.

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Ce soir, on m’a tiré dessus. J’ai pu m’enfuir. Tu as été blessé. Il a été retenu en otage. Elle est morte.

Nous sommes debout mais nous sommes morts.

Vous êtes morts mais vous êtes vivants.

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(Texte librement inspiré des dernières pages de ‘Vernon Subutex’ T1, Virginie Despentes)

 

 

 

 

Birthday & Social Success

I’m back.

Assez bientôt, c’est mon anniv’. Je suis née en 1980, ce qui signifie que j’ai 50 ans dans 15 petites bourliches. C’est apparemment l’âge où il vaudrait mieux que j’aie réussi ma vie, et éventuellement que j’arbore un bronzage orange.

L’an passé, j’ai parlé de Madonna, cette année j’opte pour une wish-list. Chacun sait que rien n’égale la satisfaction de barrer une liste de choses agréables à accomplir recevoir gracieusement de la vie.

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-Pour le quotidien, un simple duplex avec terrasse à Montmartre ou Pigalle ferait l’affaire. Vous noterez que j’ai annulé mon désir d’habiter Bastille ou Beaubourg, car c’est ici que je préfère pratiquer le pole-dance en étant rémunérée me promener, surtout le samedi en début de soirée, en toutes saisons. De la vie en pagaille, des recoins, des « villas », des bistrots, d’alléchantes échoppes, des célébrités en veste bleue… Et finalement, mis à part au pied du Sacred Heart, il y a plutôt moins de touristes que là où l’on trouve les boutiques branchées et/ou les franchises immondes.

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-Pour les grands week-ends ensoleillés et les années sabbatiques, je me propose (sympa) de loger à Barcelone. Barri Gòtic ou Barceloneta, mon cœur balance. EN PARLANT DE CA, je souhaiterais que soient tout simplement éradiqués de la surface de la terre (ou au moins des restaurants) les plats, au profit des tapas. Ça limiterait à la fois les « risques » de trompage dans le choix, et éviterait de faire ressembler l’humain à un animal obnubilé par le contenu de sa gamelle lors d’une sympathique sortie entre gens civilisés.

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-Pour mes vieux jours, donc après ma retraite vers 85 ans, j’achèterais bien un petit pied-à-terre dans une ville balnéaire de l’Atlantique. Je m’y promènerais en grand pull laineux, fesses à l’air, bravant les vents et les embruns.

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-Je posséderais bien aussi un potager-verger magique. Il s’approvisionnerait SANS AUCUN SOIN de tous mes végétables préférés. Parce que si quelqu’un a la main verte, c’est peut-être le Géant, mais certainement pas oim.

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BIENS MATERIELS

-Une lampe Tiffany. J’ai développé une sorte d’attirance-répulsion pour ces loupiottes qui font un peu flippax, un peu comme pour le couple Balkany. Enfin, le même genre de relations qu’entretiennent les redskins avec les membres du FNJ, vous voyez. Je pense qu’en avoir une m’est nécessaire, une sorte de raison d’être.

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-Le lit du calife Haroun El Poussah dans Iznogoud. Un truc bien rond pour pouvoir se tourner dans tous les sens, garni de mille et un coussins. J’y lirais des BD le dimanche en mangeant des loukoums à la rose.

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-Un bon d’achat illimité dans toutes les librairies du monde. Pas un bon FNAC, hein, parce que je suis une personne qui aime autant les fenêtres qu’assez peu l’uniforme. Du coup, je veux bien aussi être pistonnée pour recevoir toutes les nouveautés de lunetiers comme « Pour vos beaux yeux » ou « La fabrique de lunettes ». (Des yeux verts seraient trop demander, je pense.)

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-Une cave pleine de vin qui ne fait jamais mal à la tête, ainsi que des cigarettes qui ne tuent pas. Passions (avec les gros mots. Note pour plus tard : caler des vacances avec Florence Foresti).

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-Une petite voiture mignonne. De celles qui ne nécessitent pas d’être un aigle de la route pour faire un créneau. Évidemment, j’aurais plus la classe dans un break américain, mais en ai-je vraiment besoin ? Non.

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ÊTRES VIVANTS

Petit personnel :

-Un chauffeur à disposition pour le soir. Un type sympa et fiable. Qui s’appellerait Simone. En voiture !

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-Un lecteur qui me raconterait la suite de mon livre quand mes yeux disent non mais que mon esprit ne souhaite pas attendre le lendemain pour connaître le dénouement de l’histoire.

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-Un travel-planner, qui saurait ce que j’aime faire quand je pars en voyage, le genre de quartiers que j’apprécie etc. Il ne me choisirait pas un vol à 6 dum’ à Beauvais, par exemple (à moins que Simone ne se dévoue pour m’emmener), ni un hôtel en zone indus au milieu des crackés.

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-Un tatoueur personnel bénévole, dont il ne faudrait pas attendre 6 mois les disponibilités, et qui serait tout à fait enthousiaste à l’idée d’encrer toutes mes petites lubies. S’il pouvait également s’avérer être médecin, ça lui permettrait de me prescrire une drogue anti-douleur bien que non addictive. Hey kids, no hope in dope !

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(-Éventuellement une personne qui serait de corvée de shopping, car on aime bien être beau, mais pas souffrir.)

Personnes gratuites :

-Des amis qui seraient les mêmes qu’aujourd’hui, mais disponibles exactement en même temps que moi, ça permettrait de se voir. Si toutefois ceux-ci étaient totalement overbookés (la vie, toussa.), j’aurais des amis de spare : Gwen Stefani, Madonna, Debbie Harry, Courtney Love, Virginie Despentes. Et Renaud car je ne suis pas misandre. Et Amy Winehouse car j’aime aussi les brunes, et les personnes décédées ne comptent pas pour des prunes. En revanche, quand Mado voudrait nous embarquer pour une séance de training intensif, on lui jetterait des trucs à la figure. Comme les bons potos marrants qu’on est.

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-J’adopterais un chat British Blue, qui ressemble à un Popples gris, et un bébé labrador. Autant d’amour que si nous étions trente millions d’amis. Mabrouk.

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TRAVAIL

-Je n’ai pas l’air, comme ça, mais je veux bien travailler. A mi-temps, du mardi au jeudi, ou AU MOINS démarrer à un horaire acceptable ne commençant donc pas par le chiffre 0, et dans une médiathèque if possibeul, Dieu. Une bibliothèque comme celle de St Ouen (Persepolis), sur 4 niveaux, lumineuse, et presque aussi accueillante que son personnel : des tatoués, des blondes peroxydées, des amateurs de Yo La Tengo, des passionnés de documentaires, des foldingues qui passent Slayer à fond les ballons. Avec des BD par milliers, des automates de prêt qui – ô miracle -fonctionnent, des possibilités d’emprunt qui semblent infinies, à environ 4 cm de mon chez-moi actuel. Daydream.

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Elle me plaît un peu plus qu’une Rolex, ma liste. Je m’y vois déjà comme dans une boule de cristal. J’avais peur de voir trop grand, au début, genre Paris Hilton, mais c’est bien.

Vous noterez qu’il n’est pas question de musique, de disques ou de concerts dans ce petit inventaire. Primo, j’ai presque 50 ans, donc on va se calmer un peu, les gars. Secundo, je garde cette partie secrète, exceptionnellement.

Allez. Joyeux non-anniversaire à tous.

ET MERCI DE ME LIRE DEPUIS UN AN!

Le meurtre is not a crime (et le tatouage non plus)

Hello la compagnie!

J’ai pas mal parlé d’un petit personnage sur le blog, aussi attachant que talentueux, du nom de Billy the Kill (retrouvez son interview ici).
Il se trouve que cette même personne a commandité son suicide par son double francophone, désormais connu sous le nom de LE MEURTRE.
« Billy est mort, Vive Le Meurtre », comme on proclame lors de l’avènement d’un nouveau talent.
Je vous propose de découvrir une de ses vidéos, dont le texte parle de tatouages. Le son étant plutôt rustique, je vous ai collé les paroles en-dessous, pour vous permettre de bien vous pénétrer du texte, qui supporte de jolies images.

Quant à moi, j’arrête de respirer jusqu’à ce que je puisse habiter sur le radiateur de cette fenêtre.

SANG BLEU

Épidermes recouverts de signes
On reconnait dans les villes
Ceux pour qui la vie dessine
Un parcours d’initiés
Ou des vies oubliées

L’éternel le long des bras
L’éternité bien encrée
Marginal ou connivence
C’est nos plaies que l’on panse
Sous des cicatrices qui lancent

Sang bleu
Dire de sa peau qu’elle se sent mieux
Qu’on s’en souvienne avant d’être vieux, indélébiles
Sang bleu
Un sang impur ou un sang pur
Comme on fait de nos corps un mur à tout jamais

Se faire piquer pour attraper
Le virus des symboles cachés
Tous ceux qu’ils ne verront jamais
Qui attisent la curiosité
Les aveugles et des plus mauvais

Une main noire pour compter les corps
Rhabiller les vierges d’espoir
Ou retrouver le pied marin
Apprendre à oublier les morts
Finir par se graver ses torts

Sang bleu
Dire de sa peau qu’elle se sent mieux
Qu’on s’en souvienne avant d’être vieux, indélébiles
Sang bleu
Un sang impur ou un sang pur
Comme on fait de nos corps un mur à tout jamais

Ne plus revenir en arrière
Qu’on ai honte ou qu’on soit fier
La peau n’a jamais su faire
La différence entre frères
Et tous les cœurs solitaires

Sang bleu
Dire de sa peau qu’elle se sent mieux
Qu’on s’en souvienne avant d’être vieux, indélébiles
Sang bleu
Un sang impur ou un sang pur
Comme on fait de nos corps un mur à tout jamais

Sang bleu
Monstres, sirènes et démons,
Prennent vie sous la peau valeureuse de cœurs en sang
Sang bleu
Femmes infidèles, marins trompés
Prennent vie sous la peau valeureuse d’un cœur brisé.

Retrouvez la page Facebook du Meurtre ici, sur laquelle il a partagé d’autres songs (+ annonces concerts et autres goodieseries! Bisous.

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RENAUD : Best of, vol.4

Saluti!

Je reviens finalement pour un ultime épisode sur Renaud, beaucoup plus copieux mais qui a l’avantage d’être seul. J’ai vu avec votre boss, il vous accorde une pause-dej’ plus longue que d’habitude, pour l’occasion.

Profitez-en aussi pour jeter un coup d’oeil aux objets dérivés vus dans « L’argus énervant Renaud » que j’ai pu feuilleter à la BPI. Je ne suis pas nécessairement fana du merch à tout prix (type coussins Claude François, pour se blottir contre son héros), mais il y a tout de même quelques patchos, T-Shirts et badges qui me font du wink.

Un axiome m’est apparu, c’est que les profs d’allemands adoraient Renaud. Va comprendre pourquoi ils nous font chanter Nena, alors.

Ma prof de 6e-5e, à Pau, à qui il n’avait pas échappé que j’étais plus enthousiaste au sujet du chanteur que du gérondif (chantais-je en cours?), a commencé à m’entreprendre sur le sujet, et comme pas mal de mes condisciples avaient plutôt l’air branchés ‘Dance Machine vol.4’, elle nous a fait tout un speech sur le fait que la passion primait sur la justesse de la voix, et qu’il était important d’avoir des convictions et de se battre pour les défendre (sous-entendu d’autres croyances que ‘le rythme de la nuit’).

Puis j’ai eu un nouveau prof de germain en 4e-3e -davantage préoccupé d’ailleurs par le fait de nous envoyer jouer au foot ou fumer dans la cour que de nous en apprendre sur Stephen et Uwe ou sur cette vague histoire de Mur- qui avait proclamé haut et fort qu’aucun chanteur ne valait Renaud ou encore Gogol 1er, « le seul artiste à pouvoir déféquer sur scène! ». Merci, mec.

Allez, zou, les zouzous.

Si vous prenez la marche en route :         

RENAUD : Best of, vol.1                     RENAUD : Best of, vol.2                        RENAUD : Best of, vol.3 safe_image.php Je suis une bande de jeunes

Le pitch : Renaud constitue donc à lui tout seul une bande de loubards, vu que ses potes sont soit en taule, à l’armée ou à l’usine. Qu’à cela ne tienne, sa bipolarité lui permet d’endosser tous les personnages. Il s’engueule parfois, mais il se défend aussi, il dirige et obéit, enfin, une bande ça nécessite une bonne gestion RH.

LA RIGOLADE, sans rire, réécoutez-là! « Quand j’débarque au bistrot du coin, et pis qu’un mec veut m’agresser, ben moi aussitôt j’interviens, c’est beau la solidarité. Quand je croise la bande à Pierrot, Y sont beaucoup plus nombreux, ça bastonne comme à Chicago, c’est vrai qu’dans sa bande y sont deux. » Moi aussi, j’aime bien être une bande à moi toute seule. J’me marre. En revanche, il faudra m’expliquer pourquoi le producteur de ‘La bande à Renaud’ a choisi de coller un trio sur ce titre, ça n’a absolument aucun sens.

Jonathan

Le pitch : Un vibrant hommage à Johnny Clegg, spécialisé dans la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud. Gloire à l’égalité entre les hommes, quelles que soit leurs couleurs de peaux. « Entre le noir et le blanc, Jonathan n’a pas choisi, Car depuis la nuit des temps, Il sait aussi, Que tous les salauds sont gris ». Avec une petite intro pigmentée « U jonathane uyi judana, Uyi sihlanyana, U’mngisana uhi nzulana, Kodwa u jonathane u m’afrika, Nge nzalo, Irebele, elehlaza elemile », en ndébélé je crois, une langue qui vient du zoulou.

Encore un fois, Renaud se pose là où les profs d’histoire ne s’aventurent pas… Je pense que pour pas mal de gamins des 80ies, Clegg était surtout un mec qui chantait des textes incompréhensibles en dansant dans son futal bariolé. Je voyais bien sur les murs de la prison de Villefranche-sur-Saône s’étaler les mots « Libérez Mandela », mais j’imaginais alors que c’était un petit braqueur enchristé là pour cause de vol d’autoradio… Cette song m’a aussi permis de gagner des tranches de camembert assez jeune au Trivial Poursuit quand il s’agissait de trouver le nom du plus célèbre ghetto de Joburg… Et maintenant, quand mes collègues bibliothécaires boivent du thé ‘Asimbonanga’, je repense toujours à « Jonathan ». wir.skyrock.net Laisse béton

Le pitch : Les déboires vestimentaires d’un p’tit loulou au bar. Le type, tranquillou-gillou, une sorte de Lucien qui jouerait au flipper dans son rade de quartier, se fait progressivement dépouiller de ses santiags, son perf’ et sa paire de blue jean’s.

Je ne vais pas forcément m’attarder sur cette chanson, qui est excessivement connue, et qu’on rangera à côté de ‘Marche à l’ombre’… En fait, j’ai réellement l’impression de lire une BD en l’écoutant : CLAC une beigne, PAF un marron, VLAN une châtaigne. Et puis la victime désignée, qui a pourtant tout du parfait rocker, et qui finit par refiler tout son attirail, ça m’amuse. (Sujet qui m’avait beaucoup moins réjoui quand une bande de filles m’était tombée dessus dans une ruelle  pour me chouraver mon Harrington, mais je vous rassure, personne ne parvient jamais à repartir avec mes affaires).

Ma chanson leur a pas plu

Le pitch : Renaud écrit plusieurs tubes, qui ne lui collent pas, alors il essaie de les refourguer à Capdevielle, Lavilliers et Cabrel, mais il est prié de se les garder. A la fin, il en a assez et décide de composer une chanson rien que pour lui, à base de clé à molette, de canette de bière, de mort et de taule.

Chaque couplet est rédigé « à la manière de », ce qui donne un rendu pour le moins cocasse, et ne faites pas semblant de n’avoir jamais chanté ‘les pierres nu au fond du jardin’ avec l’accent de Cabrel, merci. A chaque fois qu’une chanson lui est refusée, Renaud décide de la remettre dans sa culotte (sous-vêtement qui devient donc un juke-box à la fin), et cela me fait rougir à tous les coups, un peu comme quand j’avais 4 ans et qu’on chantait la souris verte qu’on mettait dans la culotte. Et puis, les chanteurs, ça ne porte pas de culotte. 7756238934_morgane-de-toi Manu

Le pitch : Renaud console son pote Manu qui vient de se faire lourder par sa p’tite. Le Manu est censé être un dur, mais il a beau porter son armure de loubard, il n’en reste pas moins vulnérable. Le chanteur essaie de lui faire entendre raison, en mettant en évidence le fait que les gars sont faits pour vivre seuls ou entre eux, mais pas en couple. Sachant que les nanas sont assez viles et perfides.

Alors, il a été dit que cette chanson s’adressait en fait à lui-même, Manuel étant le second prénom de Renaud, lorsque sa gonzesse avait à faire un choix entre deux amoureux (l’autre étant, on l’a bien compris, Gérard Lamb… Lanvin). Je ne sais pas si c’est la vérité, il en reste que cette chanson ne réconforte pas du tout quand on a une peine de coeur, mais qu’elle accompagne judicieusement nos larmes, et c’est tout ce qu’on lui demande. Un peu comme écouter ‘The saddest song’ de Morphine.

Marchand de cailloux

Le pitch : Sur un air dublinesque (vous pouvez me faire confiance, puisque je n’ai absolument aucune compétence en musicologie), Renaud donne à nouveau la parole à Lolita, qui s’insurge contre les scélératesses de ce monde. Les cailloux lui serviraient à faire justice. A la fin, c’est Renaud qui va prendre des cailloux sur sa guitare, pour lui apprendre à parler à sa place.

Comme je l’avait dit sur ‘C’est quand qu’on va où?’, je ne suis pas absolument transportée par le fait de faire de la ventriloquie avec sa fille (il y a des choses pires, ceci dit), mais certains vers résonnent particulièrement dans ma conscience, comme le fait d’être humain avant d’être un bon chrétien (la chrétienté pouvant être remplacée par n’importe laquelle des religions, bien entendu). Just to say, on vous a vu, vous là-bas, vous galvaniser de prières et vous affranchir du denier du culte, sans pour autant avoir une attitude très charitable au quotidien, ou exempte de xénophobie. Non, je ne m’aGresse pas à vous, chers lecteurs. D’ailleurs, un truc qui est sympa chez Renaud, c’est qu’il fait passer de sacrés messages de sagesse sans qu’on se fasse tirer dessus à bout portant comme avec Bernie Bonvoisin. Ca n’empêche pas de se coller un petit Trust à 4 dum’s, pour le plaisir. mqdefault2 Marche à l’ombre

Le pitch : un petit patron de bar teigneux fait l’inventaire de ses clients, qu’il jette tout naturellement un par un, pour cause de gueules qui ne correspondent pas au standing du saloon : le baba-cool, la starlette, le rocker, le punk, l’intello, personne ne trouve grâce à ses yeux.  Puis il se rend compte qu’il est « épais comme un sandwiche SNCF », et qu’il pourrait aussi bien y passer si sa prochaine victime s’avère plus balèze. Mais alors « Si la mort me paye l’apéro, D’un air vicelard, Avant qu’elle m’emmène voir la haut, Si y’a du monde dans les bistrots, J’lui dirai, Toi tu m’ fous les glandes, Pis t’as rien à foutre dans mon monde, Arrache-toi d’ là t’es pas d’ ma bande, Casse toi tu pues, Et marche à l’ombre « .

Okay, cette chanson est vraiment marrante, mais un peu trop souvent entendue à mon goût. Surtout, je ne trouve pas qu’elle colle vraiment au personnage de Michel Blanc dans le film du même nom, mais plutôt à ‘la Teigne’, que nous irons visiter tout à l’heure. J’ai hâte.

J’ai écouté tout récemment la version d’Emmanuelle Seigner de cette chanson. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait de sa soeur vulgos (elles ont la même voix, c’est comme les Bruni), et puis finalement j’ai adoré cette variante façon BB / Anna Karina, invectives canailles pour bouche pulpeuse. Du coup, c’est assez insolite quand elle dégomme la bêcheuse en « Collants léopards homologués chez SPA, Monoï et Shalimar, Futal en skaï comme Travolta », mais c’est un parti pris auquel j’adhère. Grave.

Me jette pas

Le pitch : Redemption song.

Bien utile pour invoquer le retour de l’être aimé quand vous l’avez trompé sans vergogne. a_02_renaud_ecriture La mère à Titi

Le pitch : Peinture d’un home sweet home « typique » de veuve italienne : napperons, fruits en plastoc, masques vénitiens et autres photos de chiens. Au milieu de ça, son fils Titi fait un peu mine de vouloir plier les gaules mais il est pas mal, au fond. « Etouffé mais aimé ».

Pour l’anecdote, le Titi, c’est Jean-Pierre Bucolo, le gratteux de Renaud (et Cabrel, Roda-Gil, Hallyday), et il a trouvé assez juste le portait de sa mamma…

Quand j’étais gosse, j’étais un peu délicate (ou du moins j’ai été élevée dans une famille qui faisait très attention au « bon goût » = le sien.), et je n’avais aucune envie de me retrouver à, mettons, prendre l’apéro chez cette bonne femme.

Lorsque j’ai eu 17 ans, pour les Francofolies, une maman-d’amis-d’amis a proposé de nous héberger avec un copain. Dans un HLM, son petit univers était tout pareil que celui de la mère à Titi : collec’ de poupées en costumes traditionnels, pour toute lecture un TéléZ qui conversait avec une encyclopédie jamais sortie de sa vitrine, accroche-clés mural et compagnie. J’ai eu envie de partir en courant. En même temps il eut été étonnant qu’elle écoute Tantrum et porte une paire de Vans. Aujourd’hui, ça m’émeut plutôt : l’influence de films comme ‘Le goût des autres’ sans doute, et la conviction que le bon costard, le bon diplôme ou la bonne situation n’a rien à voir avec le fait d’être une honnête personne. Et puis, maintenant que les canevas se vendent à prix d’or pour rhabiller les intérieurs, je peux vous dire qu’il y en a une qui serait au top de la hype.

Mimi l’ennui

Le pitch : C’est l’histoire de la Mimi qui s’en fout un peu de tout (comme Doudou), qui n’a plus d’illusions. Elle s’ennuie, Mimi.

Helloooo, this is MY song. Dingo, je peux me sentir bien à 100%, dès que je l’écoute, j’enfile le costume de cette nana, j’ai 14 ans à nouveau. « Elle aime rien même pas les copains, pis elle dit qu’elle est lasse de traîner sa carcasse dans c’pauv’ monde tout gris, dans cette pauv’ vie sans vie. Elle s’ennuie. Mimi… »

Bien à vous, Mimi Moss. RN-argot Miss Maggie

Le pitch : Dim dim dim dim (carillon de Westminster)… Ode aux femmes, exceptée Margaret Thatcher, et mise en évidence du fait que la plupart des pires violences de l’humanité n’impliquent que des hommes. La chanson a d’abord été pensée suite au drame du Heysel , provoqué par des hooligans. Et que vive le sport.

Pour rire, vous pouvez écouter la version anglaise, qui est particulièrement douteuse, et fait un peu passer cette charge anti-testostérone pour une vaste plaisanterie. J’ignorais tout du contexte de cette chanson, il faut dire qu’à 5 ans je ne me passionnais déjà pas pour le football, et pas encore pour l’actualité. J’ai tout de même saisi 2-3 trucs (un peu plus tard) sur la dame de fer (non, pas la Tour Eiffel), mais j’étais malgré tout un peu étonnée car elle m’avait l’air d’être tout aussi sympa que la Reine d’Angleterre. Mais c’est bon, j’ai rattrapé mon retard et j’ai bien remarqué que personne n’a de statuette humoristique de Thatcher agitant sa menotte en signe d’élégante salutation dans son salon.

En revanche, il y a toujours des fils de rien de holligans, et j’aime pas bien qu’ils viennent faire les marioles dans MON métro. 205059_10150146577491037_974028_n Mistral gagnant

Le pitch : Joe le nostalgique raconte à sa fille son enfance dans les 50-60ies, qui, visiblement, ne ressemblait en rien au film ‘Rock around the clock’ (1956), mais plutôt à la vie d’un Antoine Doinel bouffeur de bonbecs.

Merci la radio, merci la TV, vous avez encore bousillé un titre bigrement joli, à force de nous le servir à toute heure et à toutes les sauces mijotées au jus d’apprenti-chanteur en mal de célébrité. Donc, je ne vais pas davantage m’étendre sur cette chanson que tout le monde connaît.

Moi, elle me rappelle les bonbecs fabuleux que j’allais acheter avec mes petites pièces au bar-tabac-glacier des allées du Mail à La Rochelle. Elle a la saveur du repas des otaries de l’aquarium et les rires qui s’envolent des balançoires à cordes, les « Petits bateaux ».

Mon beauf

Le pitch : Sympathique portrait d’un hypothétique beau-frère, mais un vrai beauf, ça c’est certain. Légionnaire, ignorant des dernières nouveautés en terme de contraception, violent et infidèle, inculte et évidemment propriétaire d’un berger allemand, puisque chasseur. N’en jetez plus.

Tout est réuni pour dépeindre le prototype d’un dégénérescent mental. La song se termine par une allusion au beauf’ à la Cabu, salut l’artiste…

(Et bien sûr, n’oublions pas que le beauf peut revêtir tout type de costume, pas seulement un jogging de canapé.) mon-beauf-,-tome-1-567196 Morts les enfants

Le pitch : Douloureux bilan des crimes guerriers perpétrés sur la planète, vandalisme des entreprises capitalistes, actes de pollution chimique… dont les premières victimes sont les enfants. « Mort l’enfant qui vivait en moi, Qui voyait en ce monde-là, Un jardin, une rivière, Et des hommes plutôt frères, Le jardin est une jungle, Les hommes sont devenus dingues, La rivière charrie les larmes, Un jour l’enfant prend une arme. »

Magistral. Et encore une chanson, qui, si tu la décortiques, va pouvoir te filer des points chez Lepers, une fois que tu sauras placer Bogota, Bhopal ou encore Seveso, ce qui n’est pas gagné à 6 ans.

Je reviens sur la reprise de ce titre pour ‘la bande à Renaud’, qui, évidemment, est exécutée par Lavilliers, comment en serait-il autrement? Docteur ès-voyages et contestation, spécialiste de la réinterprétation de diverses musiques du monde, c’était bien l’homme de la situation, bravo.

Rien à voir, mais pendant que j’en suis à Bernard (une fois n’est pas coutume) j’ai juste envie que vous alliez écouter un peu de Balbino Medellin, qui est en quelque sorte son filleul dans la grande famille du show-biz. Régulièrement me prend une crise obsessionnelle sur ce type, qui m’oblige à écouter son premier album en boucle. Il a un truc de Renaud, un peu chanson, un peu rock, un peu punk, un peu gitan. Love.

Où c’est qu’j’ai mis mon flingue?

Le pitch : J’aime pas les journalistes, les faschos, les gauchos, les bourgeois, les flics, les politiques, les drapeaux.

  1. Et bordel, qu’est-ce que ça fait du bien.

 a_01_renaud_au_tableau La pêche à la ligne

Le pitch : Renaud part pêcher un dimanche matin, tandis que sa gonzesse dort encore. La journée se passe en parallèle pour les deux, et quand il revient, sa femme est partie.

Le chanteur se pose comme un anti-héros, il est fier, il est menteur. Il imagine sa nana, un peu ridicule, rêver à des acteurs, téléphoner à sa mère pour parler de futilités et de son grand amour pour lui, se maquiller alors qu’il n’est pas là… On comprend qu’il n’a justement jamais rien réalisé de sa psychologie, et qu’elle ne peut plus souffrir ses petites fourberies. Cette song est aussi chagrine que grotesque. Comme la fin d’un couple, quand on se rend compte de l’absurdité de la relation, entre souvenirs d’un romantisme passé et ridicule de la situation.

Ces mots résonnent aussi souvent dans ma tête : « Vouloir trop plaire, C’est le plaisir des moches’. Voilà, je vous assène ça sans prévis, mais c’est ‘Tellement vrai’, comme dirait NRJ12.

Le petit chat est mort

Le pitch : Le papa console sa fille de la perte de son chaton. Il souligne le caractère fondamentalement  libre des chats pour sécher ses larmes.

Comme pas mal de gens ici-bas, j’ai perdu un chat (même plusieurs) : Moustique, un petit bâtard de gouttière, qu’on a finalement identifié quelques jours après son départ grâce à sa trace de peinture verte sur le flanc. RIP, Kitty-Dude.

Je me rappelle sinon m’être vraiment illustrée dans mon club de théâtre (à peu près autant qu’en danse ou en gymnastique) avec cette réplique ‘Le petit chat est mort’ tirée de l’Ecole des femmes. Ma pièce à moi était Le médecin volant (une ébauche du Malade imaginaire), je jouais un vieux crouton, et je pense que Molière n’avait pas beaucoup de tirades en stock pour l’avoir réutilisée. Comme si on n’allait se rendre compte de rien. Et ça a sa place dans la Pléiade!

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P’tit voleur

Le pitch : Un petit braqueur écrit, de sa cellule, à un ami. Il est là pour avoir « taxé Un putain d’vélo même pas en or ,Pi, deux trois conn’ries, Des trucs de pauvres, Des trucs pas beaux, Un auto-radio, Une montre ou un stylo. » Voyez le genre.

Scène de la vie ordinaire, le gamin a grandi dans une zone défavorisée, sans l’amour de ses parents, sans trop d’éducation. Vicious circle. Mais apparemment, c’est toujours le genre de parcours qui échappe aux juges et aux ministres-de-l’intégration-de-l’éducation-de-la-cohésion-sociale-et-de-l’égalité-des-territoires. « J’avais déjà purgé ma peine, Avant même d’être ici, toute ma vie, Z’ont pas compris ça, les teignes , Qui m’ont puni, Que la vie fut une chienne , Avec moi comme avec ceux, Qui ont dans les yeux, Trop d’amour ou trop de haine, Ou trop des deux. » Avec un émouvant salut à Manu, Pierrot et Angelo inside.

P’tite conne

Le pitch : Renaud s’adresse à une jeune tox qui vient de mourir. Il a du mal à trouver sa place dans le cortège funèbre, dégoûté par le fait que sans doute les dealers sont là, que la drogue semble un rituel tout à fait naturel dans son milieu. Il pense à la réaction de sa mère, surtout.

La chanson est dédiée à Pascale, la fille de la comédienne Bulle Augier, qui meurt juste avant ses 26 ans, à la sortie d’une soirée au Palace. Jarmusch lui a aussi dédicacé son « Down by law ». Contrairement à Michel et la Blanche, il s’adresse à une personne déjà trépassée. Renaud évoque le besoin de P’tite conne de rester jeune, mais « Qu’à pas vouloir vieillir, On meurt avant les autres […] tu voulais pas mûrir, Tu tombes avant l’automne juste avant de fleurir », ce prétendu élixir de jeunesse ne faisant en réalité qu’accélérer sa déchéance… Cette chanson est tout simplement somptueuse. J’avais tellement envie de rejoindre Renaud pour secourir la gamine, casser la gueule des ‘imbéciles mondains’, consoler la maman.

C’est sûrement pour ça aussi que j’avais appris à ma soeur, à peu près âgée de 4 ans, l’intégralité de ‘Cendrillon’ de Téléphone, et qu’elle était tenue de la chanter jusqu’à ce qu’elle la connaisse par coeur. Mais bon, je suis un odieux personnage qui ne lâche que lorsque mes interlocuteurs sont trop épuisés pour obtempérer. Ceci dit, elle n’a pas fini comme Christiane F., je pense qu’on peut me remercier au moins pour ça. 1979RenaudetJean-LouisCrimon Putain de camion

Le pitch : Dois-je? Bon. Un hommage à Coluche, décédé d’un accident de moto le 19 juin 1986. Il était aussi le parrain de Lolita. Rage et tristesse.

Well well well. J’avoue, je n’ai jamais été une grande fan de Coluche, que j’ai toujours trouvé un peu vulgos, et le biopic de 2007 ne m’a pas fait davantage apprécier le type. Okay, les Restos du coeur, Tchao Pantin, toussa. Pour info, à la même boum où Mélodie m’avait offert une K7 de Roch Voisine, Stéphane s’était fendu d’une VHS de ‘La vengeance du serpent à plumes ». Voilà, c’était ça les cadeaux au début des 90ies.

Cela étant, il était difficile de faire comme si cette chanson n’existait pas, et il faudrait avoir une sacrée mauvaise foi pour ne pas louer ce témoignage d’amour. From a friend to a friend.

Le retour de la Pépette

Le pitch : La Pépette (qu’on avait rencontré près des auto-tamponneuses), comme Doudou, part en vacances au camping. Elle rêve du grand amour, et remplit sa valise de toutes sortes d’ustensiles assez utiles, type tenailles et poisson surgelé. In fine, elle manque de se noyer en faisant de la planche dans une mer pleine de pétrole, se tape des coups de soleil, et arrive après la fermeture du Macumba à 5 dum’. Elle rencontre tout de même son âme soeur pour quelques heures, qui réussit à la planter en embarquant la valise.

Un peu de fun! L’autre jour en faisant du shopping, j’ai dégotté une robe jaune, ce qui m’a totalement emplie de joie, car j’avais l’impression d’avoir trouvé le costume de la Pépette. Je l’ai embarquée aussitôt, ravie à l’idée de partir passer de charmants congés payés grâce à elle. La vie est pleine de petites allégresses. 10425120_10152466786441037_1482239971548071362_n Rouge-gorge

Le pitch : Hymne au Paris d’avant les promoteurs immobiliers, celui de Robert Doisneau, l’homme (l’autre) au foulard et au coeur rouges.

Just another ‘To Paris with love’ song. Plus fort que les amoureux du ‘Baiser de l’Hôtel de Ville’ est le petit peuple de Paris et de Doisneau : artisans, clochards et autres gamins des rues… mrXmipJg9DpJ-QYGx8g8s2w Salut manouche

Le pitch : Renaud le gadjo s’adresse à un pote gitan, plus admiratif de sa vie que véritable complice, d’ailleurs.

Ah je l’aime presque autant que ‘Deuxième génération’, celle-ci! Allez, adjugé, le même nombre d’étoiles que ‘Baston’. Une vraie jolie peinture gipsy : le vieux Saviem, les caravanes, la famille nombreuse-famille heureuse, les rempailleurs de chaises et le cigarillo, le mort-aux-vaches tatoué, tout est réuni pour s’émerveiller, ou bien faire peur. J’ai toujours adoré le passage où le type donne à Renaud son vieux peigne, une vraie preuve d’engagement fraternel, trouvé-je.

Ado, attablée devant mon petit crème au ‘Café du Parc’ de Pau, j’avais repéré un magnifique gitan, chevelure luisante, veste de daim et sourire enjôleur, qui passait ses journées au comptoir. Finalement, mon appareil dentaire et moi-même n’avons pas donné suite, sachant qu’il devait frôler l’âge critique de 25 ans. Enfin, il m’a toujours fait penser au bohémien de la chanson. Tout comme sa famille me rappelle les gitans de St Ouen, ou encore ceux de « Grâce et dénuement » d’Alice Ferney. « Toi ta famille, tes chiens, tes mômes, tes cousins, tes frangins, tes poules, c’est comme une grande bouffée d’ozone, quand ça déboule. »

Si t’es mon pote

Le pitch : Joe la mauvaise foi! Il triche au Scrabble, tient à rester jusqu’à la fermeture du rade quand son pote est fin rond, l’empêche de retrouver une gonzesse qui pourrait les séparer tous les deux, et lui demande de mourir avant lui. « Mais faut tout m’pardonner, parc’que d’main j’peux crever, c’est la vie, Jamais tu t’en r’mettrais, et qu’est c’qui t’resterait , comme ami ? » Il promet de fleurir son copain de chrysanthèmes toutes les semaines.

Géniale!!! Cette chanson, c’est un peu celle de ma pote et moi, qui nous lancions tous les challenges du monde, plus ou moins catholiques, en démarrant par « Tu voudras jamais… », du coup, on était prises au piège et obligées d’accepter toutes les tocades de l’autre.

Société tu m’auras pas

Le pitch : Diatribe contre la société (surprise!), l’armée en première ligne, mais surtout contre d’anciens chanteurs engagés, selon Renaud récupérés et corrompus. Antoine, Dylan, rendez-vous, vous êtes cernés.

Une des chansons les plus fortes du répertoire, qu’il devait être assez amusant pour ma famille de voir chanter par une troll de 5 ans, coupe au bol de Ramones et robe à smocks.

Au lycée, je l’avais réécrite pour une copine qui avait ‘des soucis avec ses problèmes’ de coeur, et j’avais remplacé astucieusement les noms des chanteurs par ceux des indésirables. Je suis un peu l’Auvergnat, moi, je réchauffe les âmes, envoyez la Légion d’honneur.

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Son bleu

Le pitch : Un type de 50 ans rentre à la maison, après ses derniers instants à l’usine. Communiste, il a été de toutes les luttes syndicales : son job, c’était toute sa vie, et elle part en fumée. Il se sent désormais bien vide, et repense à son fils, qui, lui, est parti faire la guerilla au Nicaragua (Sandinista VS Contras). « Merde aux hommes et merde à Dieu, Il dit en raccrochant son bleu, Mon enfant a compris mieux que moi, Le bonheur de faire péter tout ça. »

Etrangement, cette chanson fait douloureusement écho à ‘Il ne rentre pas ce soir’ d’Eddy Mitchell. Ici, il s’agit d’un type plutôt aisé qui se fait virer. « Fini le golf et le bridge, Les vacances à St. Tropez, L’éducation des enfants, Dans la grande école privée, Il pleure sur lui, se prend pour, Un travailleur immigré, Il se sent dépassé. »

Deux vies que tout oppose, mais finalement, si on n’est pas tous égaux face à la providence, il n’y a plus de rivaux dans l’infortune. Dans tous les cas, vous me permettrez de verser une larmichette en solidarité.

La teigne

Le pitch : Portrait d’un jeune gringalet, qui, certes, n’a pas eu trop de chance dans la vie au départ, mais qui est surtout un abject personnage avec l’ensemble de son entourage, tous sexes (ça fait 2) confondus.

Encore une de mes préférées! Ceux qui ont la joie de me connaître personnellement, et surtout mon petit compagnon, comprendront aisément pourquoi. « L’était bâti comme un moineau, qu’aurait été malade. A la bouche derrière son mégot, Y’avait des gros mots en cascade. L’était pas bien gros, c’t’asticot,  Mais c’était une vraie boule de haine, on y filait plein d’noms d’oiseaux. Même ceux qui l’connaissaient qu’à peine , l’app’laient la teigne. » Exactement la créature que j’ai rencontrée il y a une dizaine d’années, ça tombe bien, c’est comme ça que je les aimais. Je me plais à croire qu’il est un peu différent désormais, mais j’ai eu un choc lorsque nous l’avons écoutée ensemble la première fois, entre rire et effroi!

« Mais moi, qui l’ai connu un peu, Quand parfois j’y repense, Putain ! C’qu’il était malheureux !, Putain ! C’qu’y cachait comme souffrance, Sous la pâle blondeur de sa frange, Dans ses yeux tristes, dans sa dégaine., Mais j’suis sûr qu’au ciel c’est un ange, Et quand j’pense à lui mon cœur saigne. Adieu la teigne… » (Oui, le mec meurt à la fin)

Tiens tiens, à qui d’autre pourrait-il ressembler? mqdefault La tire à Dédé

Le pitch : Personnification d’une bagnole qui en a vu de belles, à travers son propriétaire Dédé.

Comme avec la Teigne et nombre des personnages contés par Renaud, on fait ici la connaissance d’un sacré olibrius, pas trop dévot, mais auquel on s’attache (et on s’empoisonne) nécessairement, parce que ce sont bien des types vivants comme ça qui t’aideront à te fabriquer des souvenirs, pas tes assommants camarades du catéchisme.

« Dédé l’avait fait r’peindre en bleu métallisé, Y disait qu’ça lui rapp’lait l’ ciel de son pays, On a jamais bien su où qu’ c’est qu’il était né, Vu qu’il était menteur comme tous ceux de sa race ».

Encore un qu’on est un peu affligé d’aller visiter au cimetière de Pantin. images Triviale poursuite

Le pitch : « Nouvel » état des lieux géopolitique des victimes de la colonisation en Palestine, en Nouvelle-Calédonie, en Afrique du Sud, à travers des questions thématiques du célèbre jeu de société : histoire, géographie, sport, sciences et nature, littérature. Renaud propose d’envoyer les coupables à la Vologne, rivière tristement célèbre pour avoir accueilli en son lit le corps du petit Grégory Villemin.

Eloquent, limpide, cinglant.

Tu vas au bal?

Le pitch : Où il est question que deux amis aillent au bal, aux putes, ou encore à l’église. Mais finalement personne ne va nulle part, d’ailleurs le pote meurt de froid. « Alors j’ l’ai enterré, Pis j’ suis allé danser, Avec les putes du quartier, Dans l’église ravagée. »

Défi-défilé : Chantez cette chanson, impossible. Je pense que l’auto-réputation de chanteur énervant provient de cette ritournelle.

Socialiste / Tonton / Welcome Gorby

Ces 3 chansons ont le goût des fruits de mon arbre généalogique, la silhouette des épaulettes de ma mère, le parfum composite de la laque Elnett et des petites cacahuètes du distrib’ au café, la résonance des apéros-concerts dans les librairies lyonnaises.

Elles ont le grain de cette photo de mon père et moi prise lors d’une manif par la presse locale, elles sont la secousse de la mort de Bérégovoy apprise en direct par un flash au milieu d’un épisode de Frou-Frou.

Elles sont mon embryon, elles sont Renaud et moi forever.

 

Okay, this is the end, my friends, then let’s keep dancing.

Merci à : Renaud, Johnny C., Manu, Titi, Mimi, Maggie, Pépette, Doisneau, Dédé, Tonton, Pierrot, Angelo, Michel, Doudou, Lolita et Dominique, Germaine, Gérard L., Willy B., Lucien, Slimane, et tous les autres.

« Maintenant je sais que l’homme est capable de grandes actions. Mais s’il n’est pas capable d’un grand sentiment il ne m’intéresse pas. » (Camus)

Esther : Big Sister’s Clothes

J’avais initialement choisi pour introduire cette interview le titre « Clubland » d’Elvis Costello, qui parle de la ville dont il sera pas mal question (vous verrez), mais finalement ce morceau sied plus à Esther :

Dans l’Eurostar, 11 février 2015

Salut Esther,

On est pas mal, là…  Bon, aujourd’hui, on va principalement parler de tattoos et de bibliothèques, mais j’aimerais que tu te présentes rapidos, pour que LES AUTRES sachent à qui ils ont affaire, tout de même, c’est la moindre des choses dans une société civilisée. Age, job, city, mademoiselle.

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Esther : J’espère que personne ne t’accusera de népotisme, mais je suis la plus jeune héritière de la dynastie MK. J’ai 25 ans et j’habite à Londres depuis un peu plus de 3 ans. Depuis mon arrivée dans la capitale internationale du fish & chips, j’ai eu quelques jobs dont bartender, ce qui m’a donné l’occasion de commencer une collection de petits mots d’admirateurs éméchés, et stagiaire, où j’ai pu observer une battle entre les deux boss, l’un mettant Hole à fond et l’autre Nirvana (tout le monde a perdu, surtout au niveau des tympans). Un peu par hasard, j’ai trouvé le job que je fais aujourd’hui, pour la boîte d’e-commerce Farfetch. Je suis responsable du contenu de la version française du site, du coup au quotidien j’écris, je traduis et je gère une petite équipe française. J’ai fait des études de design de mode, du coup mes amis qui sont restés dans des domaines purement créa me demandent toujours à un moment où à un autre si ça ne me manque pas, mais honnêtement pas vraiment. Le côté ultra compétitif de la création, ça va 2 minutes, mais je préfère avoir une vie et des projets à côté ! Et je suis arrivée au bon moment dans la croissance du site, ce qui m’a permis d’obtenir des responsabilités rapidement.

Okay, tu es un peu la petite dernière fonctionnaire, mais dans la mode. Nice.

Venons-en au vif du sujet, tu as quelques tatouages, je te remercierai de me les présenter, tous, en me racontant, soit l’idée de départ, soit en me donnant de l’info sur le tatoueur, « Pourquoi lui? », déroulé de la séance, réactions extérieures, bref, croustillance is always welcome.

Esther : Pour faire simple, on va faire chronologique. Mon tout premier, je me le suis fait faire à 18 ans. C’est une hirondelle, un symbole récurrent chez les matelots qui se faisaient faire une hirondelle la première fois qu’ils franchissaient l’équateur, et une deuxième en face, reliée par un fil, quand ils revenaient (s’ils revenaient). En gros, petit oiseau part du nid mais reviendra car la migration est saisonnière ! L’idée est classique, le dessin un peu moins car je ne voulais ni d’un flash ultra rétro de pin-up ni d’un dessin “new school” trop ancré dans l’époque et qui risquait de mal vieillir.

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J’ai une cicatrice de piqûre de moustique australien et c’est un peu dégueu d’où la croix sur la photo…

Pas de photo pour le deuxième, fait par Kostek de la Boucherie Moderne, car je vais le faire couvrir dans quelques semaines.

J’oublie régulièrement mon troisième ! Il est signé Rafel Delalande, qui fait partie de la même “scène” toulousaine que Guy Le Tatooer, et proche du londonien Liam Sparkes. J’étais un peu limite nervous breakdown à l’idée d’être topless, mais Raf était à la fois super pro et attentionné, rien à voir avec certains tatoueurs qui se veulent hardcore. Et les points, c’est quasi indolore !

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Mon quatrième, celui que les gens remarquent le plus : mon oeil sur le poignet, réalisé par Maxime Büchi. Il est bien connu en tant que tatoueur aujourd’hui, mais je l’avais rencontré une nuit d’open bar au festival d’Hyères et j’étais hyper impressionnée car très fan de son magazine, Sang Bleu. On avait gardé contact, et c’est pour lui que j’ai bossé en arrivant à Londres ! Si vous êtes déjà allé en Turquie ou en Grèce, vous n’avez pas pu échapper au nazar boncuk, le mauvais oeil qu’on voit partout. Je voulais un porte-bonheur dans le même esprit mais avec un dessin un peu plus raffiné. Il est assez différent du style habituel de Maxime, mais il savait que j’y tenais. C’est mon seul en couleur, et si c’était à refaire j’oublierais le remplissage en blanc (qu’on ne voit d’ailleurs pas) dont la cicatrisation a été plus longue et douloureuse que tous mes autres tatouages.

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Le suivant, c’est Simone, le nom de notre granny, fait quelques semaines après son décès par un mec choisi un peu au hasard (Maxime était aux US). Je lui ai fait modifier la typo pendant hyper longtemps, même si elle a l’air toute simple ! Par principe je ne me fais pas tatouer de nom (je pense que ça porte malheur) ni de mots (que je regretterai certainement), mais c’est l’exception qui confirme la règle !

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Number 6, mon petit foxxy fox. Si l’oeil c’était Istanbul, le renard c’est Londres ! Ici ils sont partout. Quand je rentrais en vélo du bar où je bossais, je passais par un cimetière/parc et j’aimais bien ce petit moment de tranquillité avec les renards pour seule compagnie après une nuit souvent agitée ! Ca s’est décidé du jour au lendemain car Maxime avait une annulation, et on se connaît assez pour qu’il sache très vite ce qui me plaira !

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Sur l’autre bras, symétriquement, mon artichaut, encore Maxime, encore décidé à la dernière minute. C’est peut-être mon préféré, mais je l’explique rarement, à chacun de l’interpréter !

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Et le dernier, ma petite sirène ! Shangri La (où on peut trouver Raf, Liam) faisait une soirée un vendredi 13 l’an dernier, flash uniquement, premier arrivé premier servi. L’ambiance était hyper détendue, avec bières et chips à volonté, style la boum. J’y suis allée avec un copain, et j’ai choisi la sirène de Lesley Chan un peu comme ça. Un de mes amis m’appelait mermaid quand j’avais les cheveux bleus/verts… Quand on commence à avoir un certain nombre de tattoos on peut se permettre d’y aller plus à l’instinct qu’au début.

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Merci pour ce petit catalogue de skin delight ! Ca donne des envies, en tout cas, c’est toujours chouette de constater que pour une idée de motif, il existe 1000 façons de traiter le sujet.

Now that’s what I call music. Tu habites Londres, du coup, à toi je vais demander de me donner envie d’écouter UN -et un seul- disque, en provenance de la cité de Jack l’éventreur, mais pas nécessairement un disque qui fait peur, ni forcément récent.


Esther
: Même si je ne l’écoute plus en boucle comme j’ai pu le faire au lycée, impossible de passer à côté du premier disque des Libertines, Up the bracket. Selon moi (et plein d’autres gens), c’est un petit chef d’oeuvre nerveux et efficace. J’ai passé tellement d’heures à mémoriser les paroles de toutes les chansons ! L’album est londonien jusqu’au bout des ongles (ou plutôt londonien comme je l’imaginais à l’époque), et encore aujourd’hui quand je passe par une des rues mentionnées dans les chansons, Vallance Road par exemple, je suis toute nostalgique. Carl Barat et Pete Doherty (dont on oubliera les errances et la bedaine récentes), autant biberonnés aux Clash et autres Sex Pistols qu’à Huysmans et Saki, m’ont réconcilié avec la notion qu’on pouvait être à la fois cool et hyper cultivé. Et les deux likely lads ont inspiré toute une génération d’indie kids anglais à créer leurs groupes, que je découvrais sur MySpace (je vous parle d’un temps que les… bon, on a compris) et qui me donnaient furieusement envie d’aller m’installer dans la belle Albion.

Ce qui m’amène au titre Common People de Pulp, la seule et unique chanson de mon répertoire de karaoké (un vrai hit dans un rade australien, où deux vieux m’ont assuré vouloir acheter mon futur album). La fille à papa de la chanson étudie à Saint Martins College, une école d’art londonienne que j’ai failli intégrer après le bac. Si ç’avait été le cas, peut-être aurais-je été la muse d’un néo Jarvis Cocker… ah, non merci en fait. J’ai parlé d’un seul disque, la chanson c’est bonus :


On te donne ça, et voilà. Bien!

Feed me books now. UN auteur londonien qui te plaît particulièrement (Charles Dickens étant arbitrairement prohibé). Quel book, par exemple?


Esther
: Si ça ne t’ennuie pas je vais te parler d’une de mes lectures les plus récentes ! Dorian, de Will Self (pas traduit en français à ma connaissance, mais Télérama est là pour en savoir plus sur l’auteur), offert par un ami à Noël. Mine de rien, j’adore qu’on me prête/me conseille/m’offre des livres, même si je proteste car je préfère lire sur mon Kindle, plus facile à glisser dans mon sac et moins lourd à déménager.

Tiens, j’ai acheté « Le piéton de Hollywood », après avoir vu une interview dans ‘La grande librairie’, il doit m’attendre quelque part depuis près d’un an… ‘Dorian’, what is it talking about?

Esther : C’est une réécriture du célèbre Portrait de Dorian Grey d’Oscar Wilde, publiée en 2002 et dont l’action se passe dans les années 1980 et 1990. Le décor est planté dans la scène aristo-bourgeoise-arty-gay-junkie du Londres de l’époque, et quasiment tous les personnages meurent du SIDA, sauf le beau Dorian qui semble immortel mais transmet bien le virus à tous ceux qui le connaissent bibliquement (façon de parler). Au lieu d’un portrait, l’oeuvre qui vieillit et meurt à petit feu à la place de Dorian est une installation vidéo, Cathode Narcissus. Bonne ambiance donc. Je déconseille aux âmes sensibles, et j’en déduis que mon ami Alex sait que j’ai le coeur bien accroché.

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Thanx, ce bouquin me met en appétit.

Liaison plus facile que dangereuse, évoquons les biblis… Tu fais partie des gens que je côtoie qui ont un (voire plusieurs) lien de parenté avec des bibliothécaires. Il était donc logique que je t’interroge sur le sujet. J’avais aussi fait un petit billet là-dessus… Primo, raconte-moi un souvenir amusant, ou particulièrement traumatisant (il n’y a pas d’entre-deux) dont la scène se passerait en bibliothèque.


Esther
: On va faire dans le traumatisant, car mes histoires préférées sont celles où je suis the butt of the joke. Quand j’avais 4 ans, on avait un logement de fonction au-dessus de la bibliothèque de Pau, que je voyais donc comme une extension de l’appartement familial. C’était une autre histoire pour la bibliothèque départementale où travaillait notre mother, qui se trouvait à la campagne (en fait sûrement en banlieue, mais dans ma tête c’était la campagne), un peu ma résidence secondaire donc. Elle m’avait proposé de l’y accompagner un jour, et pour faire honneur à la dynastie MK j’avais décidé que j’avais besoin de rafraîchir ma coupe en vitesse. Résultat : une belle frange en escalier, car on ne naît pas coiffeuse, on le devient. Pour réparer les dégâts, j’ai eu droit à une micro frange, plus Matali Crasset que Bettie Page, immortalisée sur la vidéo de mon récital de danse (alors que tous les autres petits rats ont des vrais chignons). Heureusement que plus personne n’a de magnétoscope !

Une histoire capillaire en bibli n’impliquant ni chignon ni livres, ah ça j’aime !

Aurais-tu un mot à me dire sur les biblis londoniennes? La British Library, les Idea Stores, ou autre!?


Esther
: Je vais sûrement me faire déshériter mais je fréquente peu de bibliothèques ! La British Library est super belle mais j’y vais rarement. Je lis principalement sur Kindle, donc j’achète sur Amazon, et les livres qui sont tombés dans le domaine public sont dispo gratuitement ici ! Quand il ne s’agit pas de livres de poche, je ne boude pas le plaisir de feuilleter, et j’aime beaucoup la version rénovée de la mythique librairie Foyles à Tottenham Court Road. Sur Broadway Market, près de chez moi, Artwords est la référence en matière de magazines et de gens bien sapés, ainsi que Donlon qui se spécialise en livres rares.

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Je ne sais pas si tu seras déshéritée, au moins a-t-on des bons plans bouquinade. Et fashion.

Tu as abordé toute seule la rubrique « Vie de quartier », et je t’en remercie ! Tu as pas mal voyagé, et tu as vécu notamment à Toulouse, Paris, Istanbul, avant London. Qu’est-ce qui ici te plaît particulièrement? Tu envisagerais de finir tes jours à Londres (comme évidemment à 25 ans on sait déjà de quoi la vie sera faite), tu vois plus grand, NY, Pékin, ou un peu plus intimiste, un village en Ardèche, genre?


Esther
: Le village en Ardèche, on oublie tout de suite ! J’ai besoin de ma couverture 3G, d’un accès à des magasins/restos/bars ouverts 7j/7 et surtout la possibilité de voir des amis différents tous les jours de la semaine ! Et surtout, mon dream job ne se pratique que dans certaines métropoles. Possible que dans 10 ans je me retrouve à vivre avec un pêcheur grec à Santorin, mais c’est peu probable.

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Après Istanbul je devais m’installer à New York. Ca ne s’est pas fait, et une de mes connaissances dont j’admirais le travail cherchait un assistant à Londres. Un appel Skype plus tard et je réservais mon aller simple en Eurostar. Même si c’était mon rêve à 16 ans, c’était plus un concours de circonstances à 22 ans ! Je me vois bien bouger à Los Angeles un jour, mais sans visa le choix se limite plutôt à Londres VS Paris. Ce que j’aime ici, c’est que jeune ≠ incompétent. Le mode de vie est différent et sans faire trop dans le cliché c’est là que j’ai une vie sociale et culturelle la plus active. Je vis à Dalston, un quartier connu pour sa nightlife, mais où les commerçants me connaissent par mon nom. Les serveurs parisiens qui se lèvent tous les jours du pied gauche, non merci. Ah, et la moitié de mes amis sont français, donc pas trop de dépaysement de ce côté-là !

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Esther, merci pour tous ces petits tips & tricks… Comme la page de pub est exceptionnellement gratos aujourd’hui, dis-moi où on peut te suivre…
Esther : Moi aussi j’ai un blog ! Il s’appelle Tell Me About Your Job et surprise surprise, j’y parle boulot ! Le programme habituel, c’est une interview hebdomadaire où quelqu’un me parle de son job, en général un peu hors des sentiers battus. Les gens à qui je parle ne sont en général pas connus et comme ils sont assez jeunes (de la vingtaine à la petite trentaine), leur carrière est un work in progress ! Je trouve aussi intéressant de lire des interviews avec des gens célèbres pour ce qu’ils font mais mon truc, c’est un peu de décomplexer quelqu’un qui ne saurait pas trop vers quoi se diriger. En entrant dans la vie active, je me suis rendue compte que j’étais entourée de plein de gens au parcours passionnant et pas forcément classique. Et chaque personne me met en contact avec un ami à qui je pourrais parler, donc j’élargis le cercle chaque semaine !

Weiterhin viel Erfolg! Danke sehr u. bis bald, Miss MK!

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Saturday afternoon fever : Beaubourg (BPI)

Samedi aprem’.

Les friperies du Marais sont trop bondées pour espérer trouver quoi que ce soit (ou du moins prendre plaisir à fouiner. Feuner pour les intimes.), la température est arctique, et il n’est pas encore l’heure de l’apéro, que faire ? Traîner à la bibli, pardi ! Et la plus proche étant la BPI, ça tombe bien, je voulais y retourner et la faire visiter à Honey Bunny. En plus, exceptionnellement, il n’y a pas la queue.

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Rapide tour d’horizon du RDC, avec son coin BD et le salon de jeux vidéo.

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Petite traînerie au niveau 2, où s’étale une presse à la fois très locale et internationale, ainsi que les « télévisions du monde », sortes de postes aussi avant-gardistes qu’un Minitel en 2015, mais qui ont l’avantage de permettre à tout un chacun de retrouver ses racines audiovisuelles gratos.

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Tous les sièges de l’étage sont occupés, et une fois de plus, je me félicite (puisque bien évidemment c’est moi qui ai créé cette bibliothèque) du bon vivre-ensemble et de la prodigieuse mixité sociale de la bib. Environ une personne sur trois trimballe de gros sacs plastiques dont on peut supposer qu’ils contiennent à peu près toute sa vie. Les lecteurs sont collés les uns aux autres sans aucune gêne, ce que j’ai honnêtement rarement constaté dans d’autres médiathèques, ou même dans le métro. J’en ai déjà parlé, mais la BPI fait office d’avant-garde en ce qui concerne les ‘public libraries’ en France, et apporte une attention toute particulière à l’observation de ses usagers. Il y a énormément à dire sur elle, son équipe de sociologues, et l’intégralité de ses fonds et services, je vous engage donc à aller vous balader sur son website, car je ne suis pas guide, non plus.

Au même étage, on trouve une petite cafet’, et des toilettes. Propres. Ainsi qu’une terrasse pour fumer. Ils veulent que j’emménage ici ou quoi ?

Escalator, niveau 3. Ici se situent, entre autres, la littérature et les arts… et donc un espace dédié à la musique, encadré de grilles, tel un petit Guantanamo pour troubadours.

Skeuds, revues, pianos (avec des casques, merci), fauteuils-œufs équipés de tablettes pour écouter le juke-box fomenté par l’équipe.

Je vous laisse constater la variété du fonds.

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Quant à moi, j’ai pu observer que mes suggestions d’acquisitions avaient été suivies. J’en ai profité pour proposer de nouveaux titres de books et de magazines.

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Sinon, au niveau Renaud, on est servis aussi ! Voyez plutôt…

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Comme toute bonne chose a une fin (auto-décidée, puisque la BPI ferme à 22h. Je me permets de relever une nouvelle fois la sympathie du personnel à cette heure plus que tardive pour un fonctionnaire.), nous sommes allés nous aérer à la boutique du Centre Pompidou, qui n’avait rien d’exceptionnel, si ce n’est que les bibelots en vente ont confirmé que Jeff Koons créait des œuvres de plutôt mauvais goût. Cela n’engage que moi.

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Donc petit filochage à la librairie Flammarion du Centre Pompidooo, feuilletage de beaux-livres, achat des dernières aventures d’Aurélien Vallade (aka Joe Moo ), ainsi qu’un « livre » de coloriage de chats. Je trouvais ça un peu beauf, mais c’était vendu comme étant une telle source de détente et de satisfaction personnelle, que j’ai craqué. Enfin, à 7 balles, on ne peut pas dire que j’ai fait une folie non plus.

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Sinon, ma nouvelle lubie est d’habiter un des immeubles qui encerclent le musée, dont les appart’ et leurs luminaires de nuit laissent imaginer de doux effluves de fumée de cigarette, vin ou tisane, sur vibrations de jazz. Call me si vous avez ça.

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Voir aussi :

Saturday afternoon fever : BILIPO