Billy the Kill : In Bed with BTK

Mardi 21/10/14, 22 PM, In Bed

Entretien avec Fred Allérat, aka Billy the Kill.

Salut Billy!
Mets-toi à l’aise, hein.

Jeune femme, joli chauffe-lit.

Ça démarre bien. Comme c’est la nouvelle coutume, tu as droit à ton petit montage personnalisé. J’ai visé juste, sachant que j’ai décidé de limiter à 9 images?

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I like it!  Merci pour cette petite attention!  Je crois que l’avenir du visu branché se trouve dans ton logiciel. Ça nous changera des triangles, skulls et têtes de cerfs. Alors faisons un rapide tour de table où se trouvent la plupart de mes idoles. Une sorte de liquide amniotique de ma petite culture musicale on dirait!
RENAUD, c’est le social-gauche des années 80 dont j’ai bien peur d’être le produit, le subversif avec un air de pas y toucher, un humour poétique, l’argot, le verlan, une certaine dose d’humanisme et de sens de la justice,… Ouais c’est pas dénué de charme, et je peux t’assurer qu’il fonctionne encore dans mon petit cœur de grand con.
METALLICA/MEGADETH: J’ai appris la guitare sur les riffs de Metallica, assurément une bonne école, avec un prof qu’avait une guitare pointue, putain! C’est un peu plus tard que je me suis plongé dans les disques de Megadeth, indissociable des four horsemen (puisque Mustaine a été co-fondateur du groupe avant de se faire virer de celui-ci pour quelques histoires de conflits internes (le truc classique d’une bande de potes classique qui passent leur temps ensemble). Malgré mon attachement à la bande à Hetfield, je trouve Megadeth bien meilleurs musiciens et plus expressifs.
MORRISSEY, pure madeleine! C’est mes grandes sœurs qui l’écoutaient, avec les Smiths évidemment. J’étais minot, ce son typique 80’s et le lyrisme du Moz ont enchanté mes jeunes années. C’est un truc triste et gai à la fois, sans mauvais jeu de mots. Du coup mon cerveau est littéralement codé à ce son! C’est le nostalgique qui est en moi qui parle, même si j’ai adoré et vécu au présent trois de ses derniers albums. Je n’ai pas encore écouté le dernier, par contre. Personnage entier et complexe, j’aimerais bien être briton parfois pour mieux le comprendre, et contextualiser un peu plus.
HUSKER DU: Piège! En fait je suis pas super fan (question de son, de jeu) même si je reconnais leur importance et que je peux encore écouter « Zen Arcade » sans m’arracher les cheveux. J’ai découvert la power-pop avec des trucs comme Samiam, Mega City Four ou Jawbreaker, Hüsker c’était un tantinet rétro au niveau du son, quoi. Mais en tout cas je suis un inconditionnel ou presque de SUGAR et la période solo de Bob Mould des années 90’s/early 2000. De grosses guitares, de gros arrangements, des ambiances quasi-médiévales, une ouverture musicale plus présente que ses derniers albums que je trouve plus classiques et moins singuliers qu’auparavant. J’ai été bien content aussi que sa bio fusse généreusement traduite en français (par ma pote  Marianne Peyronnet) : pas de délire de rock-star, lucide sur sa carrière et l’industrie de la musique, ses échecs et réussites. Le mec est typique  du genre re-born. Une auto-bio qui fait bien le point.
NIRVANA, ouais bon ça marque plus ou moins mon autonomie en matière de choix musicaux, moi qui étais plutôt dans le sillage de mes aînés. C’est tombé au bon moment, au bon âge et en plus ça venait de toute évidence du punk-rock que j’appréciais déjà beaucoup (la vague 77/80). C’est à peu près tout ce que j’ai à en dire, tout le monde a fait le tour de la question, je crois. Une balle dans la tête, une icône dont j’ai pu observer le déclin.  C’est sûr, ça fera de belles histoires à raconter à nos petits-enfants!
POSIES/LEMONHEADS: En voilà, 2 bons groupes post-Nirvana qui sont intéressants! L’un qui s’inscrit dans l’héritage pop rendant hommage aux grands des 60’s avec un côté power-pop, et l’autre un peu plus pop pour hippies, plus grungy dans le délire, révélateur d’une génération un peu plus mollassonne et désenchantée après la disparition de Cobain, justement. ll y a aussi beaucoup d’influences issues des grands mouvements US type country, americana et folk.
BURNING HEADS, ils correspondent avec ma découverte du punk-rock indépendant à la française vers 96-97. Ouais, tout un truc méga cool! Un délire accessible dont on comprend tout d’un coup le discours, et BH représente à merveille cette scène effervescente de l’époque et ils sont encore là depuis 92! Tu sais qu’on les appelle les patrons! C’étaient les wagons de tête qui emmenaient dans leur sillage Seven Hate, Portobello Bones, Condense, Bushmen, et j’en passe! Tout un petit monde à portée de fanzines, de concerts à côté de chez soi, c’est eux qui ont montré la voie a pas mal de groupes, c’est indéniable!

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Je ne me suis pas auto-piégée, mon grand, évidemment, il s’agissait de te faire causer !

Bon, comme j’ai bien envie de mettre un peu de piment dans cette douillette rencontre, je vais CARREMENT inverser l’ordre des questions. Ah! Donc je vais tout de suite t’interroger sur les tatouages de ton bras droit. D’abord, ils sont relativement récents à l’échelle de ta vie. Qu’est-ce qui t’a fait basculer du côté des gros durs?

Alors oui, premier tattoo il y a 2 ans. Un tatouage comme une alliance, juste là, en haut de mon avant-bras droit, tu vois ? Encré en doublon avec cette alliée. Un vrai truc de « A la vie, A la mort », rien qu’entre nous. Plus sweety que gros dur.

Tu as toujours trouvé ça « à la coule »?
Tout ce truc autour du tatouage aujourd’hui m’a toujours un peu gonflé. Que la pratique marque ta différence ou qu’elle se démocratise, je m’en fous un peu, l’avenir d’un monde meilleur ne se profile pas avec l’acceptation ou non du tatouage. J’ai bien remarqué que tout le monde en portait, avant d’en faire un. Il y a autant de connards que de gens fréquentables qui se tatouent, toutes catégories sociales confondues, c’est comme tout, ça fait pas de nous des êtres exceptionnels! Petit dauphin ou ancre marine, même combat! Bon il se fait qu’à un moment moi aussi j’ai eu une histoire à raconter et par le tatouage, j’ai trouvé un bon vecteur d’éternel et d’assumation.
C’est pas avec des propos comme ça que tu feras la une du Tattoorialist, mon petit père. Bref, tu en as plusieurs, tous voisins. Pourquoi les avoir couchés ainsi? Tu en prévois d’autres, ou tu centralises les informations sur ton avant-bras, comme le ferait une puce sous-cutanée? Qui, du coup, serait épidermique, en fait. Pas de secret pour les voyeurs.
Après le premier, j’ai observé, et même carrément ressenti un déséquilibre visuel sur ma peau, un peu comme si tu écrivais ton nom et la date en haut de page et que tu rendais copie blanche! C’est tout naturellement que j’ai fait piquer les quelques idées que j’avais autour du prem’s. Sur l’avant-bras, ça se voit aussi mais si je me fous d’avoir l’air d’une personne à la cool comme tu dis, j’aime autant qu’ils puissent se voir. Il y en aura d’autres mais rien de super pressé ou de vital pour mon épiderme doux mais néanmoins frissonnant.
Parle-moi de l’un de ceux que tu as, soit son origine, soit une petite anecdote qui y serait liée, réaction extérieure, séance chez le tatoueur ou autre…
Sans hésiter, mon tatouage fauteuil roulant. Tout simple, sans effet stylistique, orthopédique-style (selon mon souhait, dessiné par Jimi, un bon pote connu à Brighton, avant qu’il ne devienne tatoueur).

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Une partie TRÈS importante de ma life car entre 7 et 8 ans j’ai passé plus de 12 mois immobilisé, plâtré des deux jambes. Des chevilles au bassin, avec une barre au milieu, hyper freaky! Un accident de croissance qui s’appelle exactement ostéochondrite de la hanche (1 cas sur 750 chez les garçons). J’ai remarqué qu’il était jamais évident de s’exprimer sur cette expérience de handicap oralement, non pas que ce soit encore une plaie ouverte mais de fait compliqué à contextualiser dans une conversation, ça peut aussi vite casser la bonne ambi! C’est donc très lié à mon histoire personnelle et on ne peut plus concret comme signification! Ce handicap momentané a été une expérience qui a été, je présume, décisive pour mon évolution, bien plus que de se le faire tatouer évidemment. Le tatouage n’est rien à côté, ni transcendantal, ni un bonus d’expérience. Le gros dur n’est pas l’homme tatoué mais l’homme handicapé!

Héros. Sinon, tu dois savoir, comme tout bon lecteur, que je m’intéresse également d’assez près au sujet des bibliothèques.

Oui, la bibliothèque c’est ton dada, ton angle d’attaque sur quiconque tu interviewes! Bonne approche!

Well, toi que le batteur de Second Rate proclame comme la plus grande crapule du R’n’R (on va relativiser et limiter ça au début des années 2000 en France), j’ai bien envie que tu me racontes une histoire de voyou qui te serait arrivée en bibliothèque. Une ou plusieurs en fait, car bien que mes précédents invités aient pu s’exprimer sur le sujet, je trouve qu’on n’a peut-être pas assez approfondi ce sujet passionnant qui nous anime évidemment tous. Balance, ainsi que le meilleur spot selon toi.
La plus grande crapule du rock’n’roll ? Ouvrons le dico: Crapule/définition littéraire/dictionnaire Larousse: Ensemble des gens qui vivent dans la débauche et la malhonnêteté. Ou encore: un groupe de Rock.
Donc pas loin mais tu le sais, je suis un repenti de la mauvaise action. Mais pour l’histoire qui va suivre, tu dois m’accorder ton pardon. Au nom de toutes les bibliothèques du monde.
Là où j’ai grandi il y avait un centre culturel qui regroupait musée, café-concert, scène nationale de théâtre, et bibliothèque donc. Elle était assez modeste mais avait son importance au sein de la commune. Je me souviens encore de l’odeur et du silence (enfin des petits bruits qui passent PAR-DESSUS le silence) qui y régnaient. Durant certaines journées, une des meufs du service public aimait bien aller se ressourcer dans le café-concert d’à côté, laissant la bibli ouverte aux quatre vents. Pas de protocole, plutôt cool la gonzesse, elle devait s’emmerder en plus d’avoir pas mal la soif, tu vois! Je la revoyais à chaque concert le samedi soir, improvisant de longues danses shamanisantes toute en crinière. Une originale, comme il se disait sur son passage… Bon, je devais avoir 10 ou 11 ans quand j’ai été initié à l’art du goupinage, de la fauche, du chipage, bref de la pêche aux vinyles, tout droit au fond du sac et tchao! Ah ah! Elle se rendait compte de rien, la nénette, ça recommençait chaque mois et des années durant, je le sais de source sûre! Signalons qu’à l’époque les emprunts étaient gérés par système de fiche et de tamponnage, et les 33-tours avaient pas l’air d’être magnétisés. De toute façon, il n’y avait pas de portique. Suffisait d’attendre qu’elle aille retrouver son demi, et le larcin était presque tellement naturel! Servez-vous, c’est une bibliothèque, c’est gratuit, ah ah!
Voilà c’est ma première représentation d’une bibliothèque, un monde dans lequel tu n’as plus qu’à te servir! Il y a toujours un peu de ça, mais j’ai appris à RENDRE!
Ah, l’autre anecdote bibliophile en lien avec mon métier de chanteur de charme, c’est d’avoir fait un concert à la Médiathèque de Limoges il y a 2 ans, et ça, c’était vraiment cool! Dans un petit auditorium, en solo, c’est le bon mood, le bon endroit. Le gig était couplé avec expo et atelier de sérigraphie, plus quelques collations entre gens bien! Le dream quoi! J’ai pu inviter quelques membres de ma famille qui habitent Limoges et auxquels d’habitude j’interdis toute visite dans les bars qui jouent des coudes, ça pourrait être chan-mé, les gens ont plus de respect, tu vois bien.

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Plus récemment, j’ai bien kiffé traîner à la médiathèque José Cabanis de Toulouse. Je me faisais plutôt chier dans cette ville, alors le seul truc pour passer le temps était d’y rester de nombreuses heures à écouter à peu près tout leur fonds de CD’s! Casque sur les esgourdes au poste des lecteurs mis à disposition, offrant une superbe vue sur les allées Jean-Jaurès empruntées par les habitants de la ville rose. Ceux qui aiment le soleil et la fête, le costume 3 pièces débardeur/short/tongs, et souvent affublés d’une pointe de vulgarité au bord des lèvres.
Dieu merci, il y a aussi des gens en uniforme short en jean’s + Vans + porte-clés massif pour parfaire ce paysage. Revenons aux biblis… Qu’est-ce que tu penses de la sacralisation du bouquin? I mean, j’adore corner les pages, prêter et donner des livres, les trimballer un an au fond d’un vieux tote-bag, voire les découper… Quelle est ta pratique en la matière?
Je n’ai pas remarqué de spéciale sacralisation du bouquin…Ah, tu veux dire en général, pour ceux qui décident de le sacraliser ? Alors oui, non, comme tout le monde quoi, je suis courtois et essaie de ne pas abîmer ceux qui ne m’appartiennent pas, sauf contre-indications. Et ceux dont l’édition est plus luxueuse ou daterait genre du XVème siècle. En ce qui concerne les miens, généralement livres de poche, j’aime les façonner, les sculpter de mes propres mains et de mes propres yeux, comme une paire de chaussures dont tes pieds seuls vont être capables de leur donner la forme obtenue. Alors, je casse la tranche quand le livre est suffisamment entamé (oui, ça se mérite, d’arriver au point où il est envisageable de penser à casser la tranche), je corne petit ou je corne façon triangle isocèle, je marque-page mais jamais « marque-ta-page », j’humecte mon doigt pour y déposer ma salive purifiante au coin des pages, je fourre dans le sac, je l’emmène en ballade dans les transports, bref je lui fais vivre sa vie de bouquin. Car avant ça, impossible de le ranger la conscience tranquille. Lu=used.

Nice. J’ai toujours très peur des gens qui les considèrent comme de vénérables grimoires, qui te font remplir une fiche de prêt pour un Librio, ou te font un p* de scandale s’il y a un peu de sable inside. Allez, je pense que c’est le bon moment pour te demander de me conseiller un book. Comme tu l’auras compris, il est totalement proscrit de promouvoir ses propres oeuvres ou celles de ses amis.
JE, LA MORT ET LE ROCK’N’ROLL (Chuck Klosterman)

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Le mec est envoyé en mission sur les traces des morts du rock, jusque sur les lieux de certains accidents. Trentenaire issu des 70’s, il revient façon road-trip des Etats-Unis sur ses analyses musicales et personnelles. D’intéressantes théories sur Radiohead ou Led Zeppelin. Un mec qui aime bien réfléchir au volant de sa voiture.
Okay, now, un disque. Même tarif pour les consignes! Ou peut-être préférerais-tu que je te demande un top5, ah ah.
A moi de te faire un petit cadeau avec ce titre de Madonna! « You’ve got style, that’s what all the girls say ». A noter le petit arrangement de guitare de Nile Rodgers qui se distingue sur les refrains. Des petites cocottes dont le guitariste est spécialiste, délicieusement simple et catchy, je trouve ça irrésistible!

The Band ou le groupe qui me réconcilie avec la vie. Champêtritude, authenticité, vérité. Roots.

Merci pour le Madonna, tricherie puisque tu me fournis deux morceaux en guise d’album, mais tu es du coup tout pardonné.

Puisqu’on en est au sujet Musique… avec un M majuscule et une clé de sol sur la cravate du jazzman français.
Toutes tes activités lucratives (
est-ce que tout le monde pense à chaque fois comme moi à Lucrate Milk?) sont liées à la musique : groupes, journalisme, cours de guitare.
Est-ce que l’ensemble te permet de vivre convenablement? Ne rêves-tu pas secrètement de percevoir un SMIC de Gardien des clefs de locaux de repet’ de ta ville?

Disons que j’ai toujours privilégié la musique aux études, et n’ai acquis aucun diplôme, aucun niveau d’études décent et j’en paie un peu le prix aujourd’hui, à 32 ans. Donc voilà, c’est système D et calculs d’apothicaire. Il arrive après certaines tournées de rentrer avec une somme d’argent satisfaisante. Malheureusement, ce n’est pas systématique, ces groupes évoluant dans un système DIY, fragile financièrement et/ou auto-suffisant. La passion est le moteur de ces projets, faute de mieux, ce qui est déjà pas mal.
Donc pour m’en sortir je dispense des cours de guitares, et cela depuis plusieurs années. De particulier à particulier et à domicile quoi. Les tarifs parisiens qui se pratiquent permettent de faire de cools petites entrées au bout de quelques cours, ça laisse voir venir. Je complète par les concerts, quelques piges et une dose de RSA. Bref, je bidouille.

Tu as eu, il me semble, d’autres cordes à ton arc, comme un job dans l’administration du spectacle, la comm’… Ça te plaisait? Tu as un moment envisagé ce type de carrière, parallèlement à tes groupes?
Effectivement, j’ai eu une petite expérience dans une asso qui était en fait l’antenne Printemps de Bourges de la région Franche-Comté/aide aux groupes. Oh tu sais, j’étais stagiaire un peu rémunéré, la boss était une pote, l’ambiance était relax mais j’avais pas vraiment de mission précise, on aurait pu tout à fait se passer de moi hormis pour le café et le courrier, quoi. Ce que j’ai aperçu de ce boulot en asso ou en salle/structure, ça m’a pas trop passionné pour le coup! Trop d’administratif aussi chiant que dans n’importe quelle boîte autant que de hiérarchie, trop d’officiel, trop d’intitulés et trop de blabla. J’ai jamais trop compris à quoi était payées certaines personnes et ce qu’étaient leurs missions, mis à part qu’ils soient souvent chargé de quelque chose. Je pense qu’à la base, ces boulots existent car il y a des musiciens, mais c’est encore eux qui galèrent le plus et qui prennent le plus de risques.

Les groupes justement. On ne va peut-être pas rentrer dans les détails historiques, sauf si tu le souhaites… Waterguns, Sleech, Lost Cowboy Heroes (quand je t’ai rencontré en 2004), Billy Gaz Station, Billy & the Devil, Billy The Kill, Second Rate, Napoléon Solo, Simon Chainsaw… Je te colle ça pêle-mêle, volontairement, car ce qui m’intéresse est de savoir ce qui est ‘en stand-by mais pourquoi pas’, ‘in progress’, et d’actualité? Des projets occultes que tu souhaites mettre en lumière ce soir? De futures collaborations, tournées, disques?
Ce sont des projets qui ont été montés sur ces 10 dernières années, tous plus ou moins sérieusement ou avec plus ou moins d’ambitions. Tous ont une ou plusieurs traces discographiques, du live et sans rentrer dans les détails de chacun, eu de bons retours et de petit succès encourageants, valorisants et enrichissants. Second Rate, Billy Gaz Station et ma configu en solo Billy the Kill représentent ce qu’il y a de plus faste dans mon parcours. Second Rate s’est d’ailleurs reformé ponctuellement cette année, 11 ans après le split, pour une salve de dates qui furent hyper plaisantes. Il y a encore de vrais fans du groupe en France, un chouette retour de médaille qui est bien boostant! Pour ce qui est de Simon Chainsaw, je l’accompagne sur la partie européenne de sa carrière. Il est Australien et partage sa vie entre son pays d’origine et le Brésil. On travaille ensemble sur ses disques et ses tournées en Europe. C’est agréable de travailler à ses côtés, même si ça demande une organisation particulière et à distance, et parfois très risquée. Le mec avance, fait des sacrifices personnels et, à 50 ans, garder la même motiv et le même positivisme, respect! Mon dernier disque avec lui est « Don’t kill Rock’n’Roll », du pur rock hi-energy, flamboyant et pas garage pour un sous! Au printemps dernier, je lui ai enregistré des guitares acoustiques pour un futur disque composé de chansons à la cool, et aussi refait des guitares sur ses vieux tubes des années 90. Pareil, un disque qu’il veut sortir pour notre prochaine tournée au printemps prochain. Plus récemment j’ai rejoint Napoléon Solo qui s’est retrouvé en rade de guitariste. Super groupe fait d’influences post-hardcore et noise des années 90. Le genre de musique où tu joues les pieds rentrés, tête penchée et les Converse un peu tordues sur tes pédales! Noisy et mélodique as fuck! Le groupe travaille à son rythme, disons 3 fois une semaine de tournée/an. Une ambiance de travail décontractée et là aussi avec des gens d’expérience (2 membres de Dead Pop Club, je retrouve aussi Jon de Second Rate et l’infatigable chanteur à la voix d’or comme Josélito, Forest Pookie). Il est prévu un petit tour en novembre avec eux, avant que nous enregistrions un futur skeud.

Et pour ce qui est de Billy the Kill, n’as-tu pas mis un peu de côté ta carrière solo?
Pour mettre les choses au clair, j’ai sorti un 3ème album en 2013 et il n’a pas reçu forcément l’accueil que j’en attendais. Je m’explique: c’est un disque assez éclectique dans sa production et les chansons qui le composent. Ça ne joue pas sur les codes de la folk actuelle (celle fragile et murmurée, avec une nana au glockenspiel et des fleurs dans les cheveux) ni sur le délire folk-punk (grosses voix, grosses barbes, et attitude de camionneur sans permis!). Je peux pourtant t’assurer que j’ai fait ce disque dans un esprit tout ce qu’il y a de plus punk-rock, c’est à dire libre d’y injecter plusieurs de mes influences, ce qui donne un truc plutôt 70’s pop un brin mélancolique et peut-être plus difficile à identifier, à compartimenter dans une case comme il est coutume de le faire aujourd’hui. C’est pourtant pas un truc hybride ou complétement novateur, ça reste de la pop avec des influences british et US, juste que c’est peut-être trop éloigné du credo du moment. Ya eu de bons retours et de bonnes chroniques si tu veux mais tout ça est resté un peu restreint, contrairement aux largeurs que j’ai mis dans le disque. C’est pas bien grave, l’important c’est de l’avoir fait. Je fais des shows  simplement accompagné de ma guitare, pas d’orchestrations comme sur le disque, ça me permet d’être plus free dans l’interprétation, moins rigide en fait. Donc ouais j’ai mis un bon frein sur les concerts, je me suis trop souvent retrouvé à devoir jouer sur des sonos pourries ou relayé dans le hall d’une MJC pendant que tout le monde prend l’apéro. Ça arrivera encore, c’est pas grave, mais bon ça m’a un peu fatigué un moment. Dans ce type de conditions pas forcément top confortables et d’un point de vue strictement artistique, le concert, il sert à rien. Je suis pourtant bien aguerri de prestas depuis 2005: milieu psychiatrique, maison d’arrêt et bars de quartiers infernaux comme autant de très bons endroits complètement adaptés! J’ai envie de te dire que je n’en suis plus à me tester. J’ai le trac au ventre mais peur de rien! J’ai fait mes armes mais voilà, c’est pas aussi facile qu’avec un groupe qui fait du bruit. J’ai besoin de bonnes conditions pour faire passer ce que j’ai à faire passer. Je reprends du gig cette fin d’année à Lyon au Ninkasi et puis un petit tour dans l’Est en février 2015.

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Tiens, cette chanson des Posies, « Sad to be aware », tombe assez à propos…

Pour revenir à une ambi plus positive, qu’en est-il de tes compétences d’arrangeur en stud’? Il me semble que tu as fait le job correctement sur divers projets, comme Chris Vil, Simon Chainsaw dont tu parlais tout à l’heure… Des propositions, des pistes?

Effectivement, j’ai pris goût à ça après les arrangements que j’ai apportés au mcd de Chris Vil, « Go Away »  qui était plutôt un disque fait de ballades ou de trucs pop-punk, avec un univers bien acoustique, un projet qui le représente en tant que mec en solo quoi, c’est lui la vedette et je suis l’homme de l’ombre! Hop, une ligne de basse, un petit break de bastoche, quelques arpèges, une touche de backing-vocals, ça habille un univers qui n’est pas le mien au départ et ça reste un disque de Chris Vil.  J’ai aussi fait ça avec Laurent Paradot tout seul (aussi seconde moitié de Gâtechien) pour quelques uns de ses live dans un truc qui était encore plus éloigné de mes habitudes: chansons à textes un peu cabaret (il a revu sa formule depuis). Bien! Pourquoi pas ? J’aime ça! J’en veux encore! Découvrir, m’adapter, proposer, jouer au final! Dans le même esprit, c’est ce que je fais avec Simon Chainsaw, être « au service de« . Par exemple, il m’envoie des morceaux faits de quelques accords bien bruts et je ré-arrange le tout aux guitares dans l’esprit de son truc puis j’enregistre dans des studios en France, à ses frais et avec récompense! C’est ce qu’il me demande, je suis ok, c’est tout.

The same quand un groupe a besoin d’un guitariste ou d’un bassiste efficace, i can do the job. Le monde des musiciens fonctionnait comme ça dans les années 50! Aujourd’hui ça marche moins de la sorte, et c’est aussi une question de réseaux plus durs à infiltrer,  d’opportunités, mais ouais c’est clair, j’aimerais approfondir ce travail avec d’autres artistes ou groupes.

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Raconte-moi ta meilleure expérience de studio, soit par rapport au lieu, à l’ingé-son, au gîte, ou que sais-je?
Quant à des anecdotes particulières de sessions de studios, rien de vraiment glamour. Des journées de travail qui sentent bon le café et les pauses clopes. Je suis allé dans pas mal de différents, analogiques et numériques, en France et en Espagne. Le studio c’est une sorte de bulle, ça va être vachement dur de commencer à relater une anecdote, là, comme ça! Si, peut-être la fois où le maître des lieux du Kaiser Studio, le Kaiser donc, m’a fait croire que j’avais effacé la majeure partie de mon 2ème album solo en prenant une photo de la première bande utilisée avec mon putain de téléphone portable (une histoire d’ondes magnétiques malfaisantes)! Il a remis la bande volume à zéro en loucedé et là j’ai bien cru que tout était niqué! T’imagines l’angoisse! Sacré déconneur le Kais!

En même temps, tu grimpes si vite au cocotier qu’il aurait eu tort de se priver ! J’évoquais le journalisme, tout à l’heure… Tu peux me parler de tes collaborations avec les divers médias?
Depuis peu, je fais quelques piges dans le trimestriel BASS PART. C’est le rédac chef qui désirait une nouvelle rubrique un peu plus light, avec une approche moins « musicien qui s’adresse aux musiciens ». Un truc moins technique et moins axé matos en fait. Je signe des articles du genre « quels avantages tirer d’un instrument merdique » ou ce style de petits tuyaux. Ça représente une vraie fiche de salaire, mais j’ai compris que c’est pas avec ça que tu paies un loyer quand comme moi, tu fais 3 piges! Mais c’est cool quand même, c’est une opportunité que j’ai eue récemment et le monde de la musique est fait principalement d’opportunités! J’adore écrire mais je me considère carrément pas comme journaliste! C’est le fait d’être musicien qui m’amène parfois à cette activité.

Participation à des bouquins? Là, tu as le droit.
Oui j’ai participé un ouvrage assez fun sorti sous forme de livre dont le thème est le premier T-shirt de groupe porté! C’est Nasty Samy (musicien aussi avec Simon Chainsaw, entre autres) l’instigateur du projet. Il a fait appel à diverses de ses connaissances gravitant autour de la musique, du fanzinat ou autres activistes. C’était Metallica mon premier tish, s’il s’agit de briser le suspense! Comme à travers de ta petite postcard mignonne, ça pousse à jeter un regard en arrière, re-contextualiser et c’est un bon exercice d’écrire sur soi (et sûrement le plus facile).

Bon, donc, l’écriture est un dada qui ne date pas d’hier, chez toi, je crois. Tu avais, tout jeune, réalisé un fanzine, qui t’a ouvert pas mal de portes, tu peux m’en relater la story?

Yes yes, j’ai rédigé un fanzine qui s’appelait BRAINLESS quand j’avais à peu près 14 piges vers 96/97, 4 ou 5 numéros. Avec mon pote Guillaume, qui s’occupait aussi de la partie graphique, on en lisait plein d’autres pour se tenir au jus des scoops de la scène! On était fans du zine Earquake qui était bien punk mais bien titanesque, autant de Kérosène et Abus Dangereux, qui étaient hyper cleanos.  On a eu envie nous aussi d’exister et de faire partager notre passion, notre admiration pour la scène indé française. Car c’était d’elle dont il s’agissait, mais on avait 14 ans et on vivait dans un trou! Ça passait le temps aussi et ça nous permettait de légitimer le fait d’aller vers les autres, de les interviewer ou de faire leurs chroniques de démos. On était isolés en Creuse par rapport à tout le mouvement, et ça nous a permis de s’ouvrir et de dire  « Salut on est là, on vous kiffe! » même si on avait l’air de 2 crétins reulous et boutonneux! On attendait la reconnaissance d’un monde qui était loin de nos préoccupations de collégiens, mais auquel on voulait appartenir. C’est marrant parce que c’est comme ça que j’ai connu les Second Rate avec qui j’ai joué par la suite, et d’autres musicos et activistes que je croise encore. Mais sinon, localement dans notre bahut, on n’avait aucun poids, si ce n’est d’avoir refilé quelques skeuds de punk mélo a 2,3 potes!

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Tu as aussi rédigé il y a 3-4 ans une sorte de journal de bord de BTK, tu envisages de remettre ça? Ça pourrait intéresser ta fan-base. Et ta famille.
Après avoir enregistré « Inferno Attack! » de Billy Gaz Station en 2010, j’avais relaté la session studio ainsi qu’une tournée avec un autre groupe dans un format mini-zine en papier, que je dispatchais à mes concerts. Ouais, faudrait que je refasse un truc comme ça, ya toujours des trucs à raconter, mais le temps que je me dise ça, le temps est déjà passé. Gros branleur-style!

Sinon, globalement, tu prônes une grande ouverture d’esprit en ce qui concerne la musique en général. Je ne te rappellerais certainement pas les chroniques de Tryo ou de Portobello Bones (voix parlée en français sur ‘Leyla’) que j’ai pu lire signées de ta plume à l’époque de Brainless, et je veux même croire en ta sincérité, vois comme je suis courtoise. Tout est bon à écouter, alors? Es-tu parfois surpris de tes propres goûts?

C’est vrai que je me suis affranchi de certaines barrières de genre. Le rock’n’roll, qui est ma culture première, englobe déjà pas mal de courants très différents, suffisant à combler ma soif de diversité. Par contre il y a toujours ce petit truc d’appartenance à un style ou un autre qui m’a toujours gonflé, je trouve ça absurde. Je veux dire, c’est intéressant d’analyser les codes propres à tel ou tel mouvement, mais je suis tombé sur d’autres trucs, que ce soit des vieux disques de blues/jazz, de la musique malienne, des trucs varièts pas dégueu, de la soul, des sons plus électroniques, des trucs en français, le reggae, ouais j’adore aussi, tu vois, pas mal de choses. J’ai pas besoin de m’identifier à tout ce qui passe entre mes oreilles, il y a toujours plusieurs niveaux d’écoute, de toute façon. Je fais partie de ces gens sensibles, voire ultra-sensibeul donc une mélodie, un son, une phrase ça peut me causer bien au-delà de ce que le genre représente en lui-même. Je suis bien conscient qu’il y a de la soupe mainstream pas très fréquentable mais je vais pas tirer sur l’ambulance et en l’occurrence, quand un morceau est bon, ça fonctionne plutôt pas mal sur moi. J’essaie d’écouter sans filtre, je marche à l’affect. « Quand on tourne le bouton de la radio, on trouve toujours l’air qui vous trottait tout au fond. » Là, je te paraphrase éhontément Leos Carax parce que c’est tout à fait le sens que je voudrais te donner. Quand mes goûts s’éloignent du rock, je trahis pas la cause, c’est pas du poison! Je vois des gens, sur les réseaux sociaux par exemple, qui n’expriment leurs goûts qu’à travers ce qu’ils n’aiment pas, ou dès que c’est un peu différent, ils entrent en détestation totale! Mais putain c’est quoi, le souci? On sait que vous avez les meilleurs goûts de chiottes de l’univers les mecs!! Faut essayer de comprendre le bien-fondé de certains trucs, parfois. Beaucoup de gardiens du temple donc, de postures, mais wow, les gars ! c’est que de la musique! Perso ça me rend heureux d’aller vers un peu tout et d’apprécier à pleine mesure. Je sais d’où je viens et je sais où je vais.

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Pendules remises à l’heure. Il y a bien certains trucs que TU NE PEUX PAS ENCADRER?
Après il y a des effets de mode qui m’horripilent sur le moment, ça sera peut-être bon d’y revenir plus tard, mais sur l’instant on dirait que tout le monde se clone, c’est insupportable! Bon, c’est en lien serré avec la marketing et ça s’apparente surtout à ce qu’il est devenu commun d’appeler les « musiques actuelles » (je demande une explication sérieuse et objective sur le sujet!) ou tous ces trucs rétros aussi chiants qu’à leur époque, je capte pas l’excitation. C’est monté en épingle et ça dure en général 3 semaines, mais on dirait que tout le monde gobe la mauvaise pilule et court après de nouveaux phénomènes tous les 4 matins. Et ça aussi en indé je veux dire, y a du lavage de cerveau parfois! Faut quand même rester distancié quand tout a l’air d’être très vite consommé.
Donc tu vois avec ma manière d’envisager les choses, je risque pas de me faire niquer avec de la mauvaise came.

Obviously not .

Parlons géographie now : tu as pu remarquer que j’ai livré sur KillMossStars mes impressions, tout à fait partiales et partielles, sur les diverses villes où j’ai vécu.

Oui j’ai lu ça avec attention et plein de connivence, je me suis retrouvé dans beaucoup de tes paragraphes!

« Alors, Billy, Aubusson? » Kiddin’. Sans me retracer ton chemin, peux-tu me dire ce que tu as trouvé de particulièrement excitant à Limoges, Besançon, Angoulême, Toulouse?
On dit, dans une notion de schéma traditionnel, que c’est le rôle du cadet que de partir à la découverte du monde, tandis que les aînés restent à tenir la maison ou font perdurer une activité familiale. C’est exactement le cas chez moi, ceci explique cela.
J’ai passé l’adolescence dans une petite ville où j’ai pas eu envie de rester plus longtemps, j’ai pas ce sentiment de rattachement au départ.
Donc, ce qui est plutôt grisant dans le fait d’avoir habité dans des régions assez éloignées les unes des autres, c’est d’observer leurs différences, tout simplement. S’adapter aux autres en essayant de rester soi-même. On se découvre dans tous les sens du terme.
J’ai bougé à chaque fois par lassitude et l’envie d’aller voir ailleurs. Parce que j’en avais la possibilité, et aussi de nouveaux projets, un groupe ou un autre. Avec l’énergie et l’insatisfaction de la jeunesse!
Besançon a été un super point de départ pour monter des groupes, faire mes premiers gigs en solo dans tout son réseau de cafés-concerts. C’est une ville super agréable à vivre, de plein de points de vue différents (culturel, beauté de ses lieux, connexions entre les gens,..).

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Angoulos et la Charente se sont avérés bien différents, les gens, le climat, la ville en elle-même quoi. Normal, c’est un peu l’opposé géographique Est/Ouest. Bien accueillante mais un peu moins excitant au niveau du réseau local de musicos, les choses sont plus difficiles à faire bouger, quoi. Il existe quand même quelques petites scènes intéressantes (le Jarnac Sound par exemple). C’est un peu coincé entre Poitiers et Bordeaux, peut-être. Mais si t’as un projet qui roule, qui te permet de partir en tournée, c’est à la cool de vivre là-bas. Je suis un peu passé par Toulouse aussi, et là c’était situé beaucoup trop au sud pour moi! C’est un style, quoi. Et c’est pas mon style! Je me suis senti comme un putain d’étranger évoluant en terrain hostile. J’ai fait des efforts pourtant, mais je sais pas, je suis peut-être arrivé là-bas sans projet précis (musique je parle!), les connexions se sont pas faites. Ils ont dû détester ma gueule de creusois! En tout cas, musicalement parlant, chaque ville possède son histoire avec ce qui en découle de son, de couleur, d’attitude. C’est interesting à observer.
Donc tous ces fréquents mouvements constituent une force, autant qu’un handicap. Après avoir acquis une forme de reconnaissances auprès des différentes communautés, il s’est aussi agi de reconstruire un tissu social, d’avoir la force de recommencer les choses à zéro. Ce qui n’est pas chose facile quand tu commences a en avoir marre de raconter ta life pour la 50ème fois…

Je ne recommencerai plus, promis. Enfin, après ça. Dis-moi ce que ça te fait d’habiter maintenant Paris… tu pouvais l’imaginer?
Non je l’avais jamais envisagé c’est vrai. Ça me paraissait même être une sombre galère. C’est l’amour qu’on n’envisage jamais trop en avance qui m’a guidé ici, et ce pour le bien de la communauté! Bon j’aime bien Paris, je pense que c’est un grand mix de toutes les villes que j’ai connues. J’aime bien aussi le feeling de vivre entouré de choses d’époque quand toutes les villes ont tendance à s’uniformiser. C’est complétement charmant et souvent étonnant. On peut dire tout et son contraire sur Paname, y a des trucs bien reulous mais j’essaie de pas trop y faire gaffe. Je suis un solitaire qui n’aime pas me sentir seul. Paris est parfaite pour me donner cette impression d’être constamment dans le mouvement. J’ai compilé pas mal de connaissances d’un peu partout au fil des années, je me sens éloigné de rien ni de personne, je suis connecté!

Des envies particulières pour la suite?

Pour la suite, j’ai pris l’habitude de pas vraiment me projeter en fonction du lieu, mais plutôt de ce qu’il s’offre dans la vie. Pour l’instant je suis comblé et je me sens bien là où je suis.

Good to hear ! Okay, c’est presque la fin, et il est bientôt temps de penser aux cadeaux de Noël (et de la St Valentin). Tu es un grand amateur et feuneur de « goodies », comme on peut notamment le voir sur tes pochettes de disques. Montre-moi tes préférés!

Regarde cette photo de mon mini-cabinet de curiosité, j’ai à peu près tout regroupé dans une seule pièce qu’on appellera celle des commodités.

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J’en mets moins sur les étagères du salon, ça se casse toujours la gueule quand tu prends un  bouquin, c’est reulou. J’aime bien l’aspect plastique et coloré de ces machins, ça décore, c’est fun, ça crée un univers! Une manière aussi de pas lâcher un certain lien à l’enfance, ça mange pas de pain! Je claque pas trop de thunes là-dedans, c’est que du cheap glané dans des caisses de jouets genre aux Emmaüs, je reste à l’affût sur n’importe quel vide-grenier.

Mettons qu’une groupie veuille absolument te faire un petit plaisir (en plastique), qu’est-ce qui manque absolument à ta collection et qui te ravirait?

Je suis toujours à la recherche de Pez, je suis un pez-head comme on dit, alors si vous n’avez pas démarré une collec vous aussi, refilez-les moi en même temps qu’un petit passage au stand!
Bien, pendant que je les lance dans une chasse aux Pez, me voilà seule en quête de la mini-guitare Lucky Luke et du vélo Musclor. Et que chacun reste à sa place.

Well, pour finir, Billy, préférerais tu : adopter un ragondin ou rester dormir ici?
Je vais rester dormir ici et tenter d’adopter un petit hamster.

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Paris : Little Toulouse (and so much to win)

Après mon départ d’Angers il y a de cela quatre ans, escale à Toulouse et débarquement à Paris l’an passé, je me suis dit qu’il y avait peut-être un petit bilan à faire.
Vous l’aurez peut-être remarqué si vous lisez mes interviews, je m’intéresse de très près à la ville de mes interlocuteurs et à leurs modes de vie. A mon tour de conter mon histoire.
Signé, signé, Père Castor.

C’est avec une satisfaction non dissimulée que j’ai quitté Angers à l’été 2010. Non que la ville soit foncièrement désagréable, ou que j’y sois esseulée. Mais génétiquement, je suis programmée pour déménager tous les 3-4 ans, et ce séjour n’avait que trop duré, 1996-2010 (avec une mini-pause d’un an dans le profond Berry), les toiles d’araignées commençaient à se cramponner à mon coude.
J’y ai appris pas mal de choses, notamment en ce qui concerne les concerts (et les bibliothèques!) rencontré des gens chouettes et d’autres, passé de merveilleux moments et d’autres. Tout ça a fait partie de l’initiation de l’adulte en devenir que j’étais alors.
Il y a pourtant certains trucs que je ne supportais plus :
1/d’avoir l’impression de vivre en grande communauté qui se diviserait entre trois rades et deux restos. Pas un plan de sortie sans devoir appeler 200 personnes, qui de toutes manières allaient au même endroit que moi,
2/de ne pas trouver une p* de petite boutique sympa, non, je devais faire mes emplettes dans les franchises et les centres commerciaux (eux-mêmes conglomérats de Pimkie et autre Zara),
3/de ne pas rencontrer d’enthousiasme outre mesure à l’idée de bouger ses fesses bikinifiées plus loin que St Jean de Monts (‘si elle existait pas, il faudrait la Vendée’, hein), exotisme relativement modéré,
4/si par bonheur un groupe sympa passait, mettons, à l’Etincelle, j’avais le choix entre y aller seule (option privilégiée), aller me faire suer en allant suçoter un mojito toute la soirée en déblatérant sur la face du monde (productif) et en faisant mine d’avoir oublié l’existence dudit concert, ou encore me priver de ce gig et assouvir ma faim de sociabilité là où les gens dépensent la moitié de leur salaire en ardoise de bières.
[J’ai constaté ceci dit qu’il y avait pas mal de nouveautés niveau orga de concerts et mobilisation des foules, le crew WFP a bien repris le flambeau.]
Bref, étouffement, oppression.  Rien ne me rattachait donc plus à cette ville, les amis, on les garde pour la vie de toutes façons, si on le souhaite, et il n’y avait pas de job pour moi à 200 km alentours.
J’ai l’air un peu dur? Il n’y a évidemment rien de factuel dans ce que j’énonce, désolée les angevins, sorry l’Office de tourisme, juste un ressenti personnel à un moment de ma vie.

Alors, Toulouse, c’est un peu la ville, quand j’annonce que j’en viens, qui déchaîne les passions. Trop de beau temps, trop de tapas (VRAI) et trop de petit accent sympa. Trop?
Non que la réputation soit surfaite, mais je préviens tout de suite, il n’y a pas d’air en été et il caille en hiver. Pour le reste, tout dépend de ce que l’on attend.

J’ai effectivement redécouvert le plaisir de me dénuder, j’ai eu subitement l’impression d’avoir passé 1000 ans en paire de blue jean’s (je m’inscris en faux sur cette histoire de douceur angevine). Le bien-être de pouvoir me balader au coeur du mal, Carpentier centre-ville, seule et donc bien accompagnée, sans avoir à justifier de mes faits et gestes auprès des autorités locales, Bureau de l’avis sur la question. Bouquiner en extérieur des heures durant, me promener jusqu’à point d’heure sans embrouille puisque les rues ne sont jamais désertes…
Une autre chose que j’avais déjà constatée en venant en villégiature, c’est l’extraordinaire mixité de la ville, entre migrations récentes et plus anciennes, Erasmus et divers échanges estudiantins, gens des villes et gens des champs.
J’y ai découvert le club que je préfère pour le moment au monde, je crois : la Dynamo, en plein centre, une jauge de 250-300 places, où j’ai pu voir entre autres The Ex, Shellac, Leatherface, et tous les groupes de punk un peu en vogue (mais pas assez pour le Bikini). Comme il se doit, l’ouverture du lieu est régulièrement et malheureusement remise en question.
Le Connexion Café, très central aussi, offre une programmation pas dégueulasse, un peu plus hype, un peu (trop) after-work dans l’ambiance.
Des restos très cool, notamment le Ver Luisant, tout proche du marché un peu boboïsant St Aubin, le Delicatessen et l’Esquinade pour leurs tapas, le quartier piéton des Carmes… Si je n’en ai pas non plus la larme à l’oeil, du moins l’appétit me vient-il.

ver luisantJe souhaiterais revenir sur mon quartier, Arnaud B., qui pour certains s’apparente à l’antre du mal car peuplé par pas mal d’immigrés (de diverses générations), ce qui selon moi au contraire constitue un agrément des plus accueillants. A peine installée, et perdue en pleine nuit de retour de concert (je ne connaissais pas encore toutes les ruelles), on m’a raccompagnée chez moi afin que j’y rentre en toute sécurité. De bons souvenirs de repas de quartier également, animés et colorés, sans pour autant faire d’angélisme.
J’ai re-rencontré mon crush au Cri de la Mouette, concert organisé par la team Kicking Rds, huit ans après avoir croisé la route de ce teigneux bambin sosie de Magimel Groseille (à qui n’ai-je pas raconté ma passion pour Benoît?) : tout compte fait, cela a pris du temps, nécessité de la négociation, du scandale et beaucoup de hasard, pour le meilleur et pour le pire. La même soirée je liai connaissance  avec l’homme de l’ombre de la pop qui devait finalement devenir mon copilote en toutes circonstances, apéros et concerts n’étaient jamais omis.
J’évoquais à Angers la pauvreté en petites échoppes : il y en a plein et de tous poils à Toulouse, apparaissant telles des fleurs qui n’attendraient pas le printemps, et qui hébergent notamment les oeuvres de sympathiques autant que jeunes créatrices comme Mimi San , Chilia  ou encore Sheana Jungle.
J’ai adoré l’arrière-pays ariégeois (tu sais, là où tes potes viennent te chercher au TER, à la gare qui est elle-même située à 30 minutes de chez eux), tellement ressourçant, et aussi ses villes thermales empreintes de soleil, de bon vivre, de piscines über-chaudes et d’enquêtes rondement menées sur le dos de prétendus militants FN.

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C’est aussi la ville de mon premier job en bibliothèque, et le lieu où j’ai réussi mon first f*ckin’ concours! Champagne au sirop de flip, tu vas devoir partir à Paris, ma grande.J’ai d’abord cru que ça allait être l’ENFER SUR TERRE. Trouver un logement avec un salaire qui, s’il aurait été confortable n’importe où (sauf NYC ou London, évidemment), semblait tout simplement impossible à Paris. Je me figurai alors devoir habiter au Mans ou à Orléans, ou bien en toute simplicité dans un p* de HLM du Val Fourré. Perspective pour le moins réjouissante, et qui me faisait réaliser l’injustice des affectations de fonctionnaires : ‘toi, tu bosseras dans le cinquième, et tu gagneras la même chose que toi, qui habiteras Poitiers’.
Mais c’était sans compter la petite fée destin slash amitié qui a encore eu envie de veiller sur moi, et, sachant que je m’en tirerais le moins mal possible avec un proprio cool, le départ s’est plutôt fait dans l’allégresse, avec la réalisation que Magi-Billy et moi avions largement fait le tour de Toulouse. Trop petit (oui.), trop sudiste, trop de rugbymen, trop replié sur soi.
Et trop besoin d’appeler providence la fatalité.


(Chanson que j’ai eue en tête environ tout l’été)

Well, let’s go Diego, on vide le camion et les cartons, et cap sur la brand new life parisienne.
J’habite donc désormais St Ouen, dans le 9-3. J’ai la chance d’avoir le métro à deux pas, donc je me sens comme à Paris. Enfin pas tout à fait, puisque je suis usagère de la pire ligne de métro au monde, si l’on excepte celles de Tokyo, bien sûr. Donc quand je pars fresh she’s so fresh-douchée/Gemey Maybellinée, je suis certaine d’apparaître un peu plus gluante en ligne d’arrivée. La ligne 13 a été un de mes principaux problèmes il y a un an, mais j’ai décidé de, finalement, en faire fi et de ne pas parler de cela à longueur de journée (comme vous voyez).metro13

Je vais tout de suite faire un petit aparté sur le métro. Il y a deux choses insupportables :

1/Les habitants de province (‘les provinciaux’ est un terme qui semble les dénigrer, et j’en ai longtemps été une en goguette) se plaignent à tous les coups de ce moyen de transport. Bon Amon Donné, Paris est un peu fatigant si tu le traverses à pied, donc sachant cela, et s’ils n’ont pas la possibilité de faire tous leur déplacements en taxi, prenant en compte aussi qu’il y aurait beaucoup moins de monde s’il n’y avait pas de touristes (je vais un peu loin exprès, hein), je propose que tout le monde arrête de tirer le museau. Et si ces mêmes personnes pouvaient cesser immédiatement de twitter ‘Oh lala les parisiens font tous la tronche dans le métro, j’habiterai jamais ici #viedemerde’ ou ‘Oh moi, Paris, j’pourrais pas‘, cela leur éviterait de s’entendre répondre que certaines personnes n’ont éventuellement pas le choix, ou encore qu’elles ont opté pour une vie quite palpitante qui comporte tout de même certains désagréments, dont le métro, et qu’elles n’envient pas nécessairement pour autant leur habitation dans une rue piétonne nantaise. Ca va mieux en le disant.

2/Restons sur ce principe de faire mine de passer le meilleur moment de sa vie dans le métro. Evitons par pitié de hausser les yeux au ciel dès qu’un accordéoniste entre dans la rame. J’ai bien souvent trouvé les trajets beaucoup plus agréables grâce aux musiciens (sauf si j’étais en grande conversation à ce moment-là), comme ce chanteur de reggae avec sa gratte et sa voix totalement désaccordées au retour des dernières vacances de Noël. J’en ai pleuré de bonheur. Alors. Pourquoi sont-ce toujours les gens les plus aisés, et parfois les plus jeunes, qui aboient sur eux? Pourquoi en entends-je d’autres dire ‘Oui, mais moi je ne leur donne pas, ils n’ont pas la carte d’autorisation RATP’? You lie, you lie, you lie, aucune pièce ne sort jamais de ce sac à main trop bien gardé. D’autre part (j’en ai, des choses à dire), j’ai fait un rapide calcul, et je rassure tout le monde, il n’y a aucun risque pour que leurs revenus n’excèdent une heure de cours de guitare donnée par un prof assermenté. La rivière suit son cours et les pauvres ne vont pas prendre la place des riches. Même chose pour les (autres) gens qui demandent une pièce : mettons qu’on file 2 euros par jour ouvré de la semaine (mettons qu’on soit radin le week-end, donc) à des gens qui en ont besoin, ça fait environ 40 balles par mois, ce qui semble énorme comme ça, mais ce n’est juste rien en regard d’un budget global mensuel. Et comme le disait un covoitureur il y a peu, mieux vaut se faire avoir et donner à quelqu’un qui n’en a pas besoin que de passer à côté de quelqu’un qui vit dans le dénuement.
Aparté un peu long et socialiste s’il en est, mais certaines vérités méritent parfois d’être soulignées.

300816_2X7EZ4AWKY6XGODTTMG67I3L4OZJDT_schtroumpf_musicien_H185032_LDonc, je reviens à St Ouen. On est quand même mieux à la maison.
Seine-Saint-Denis-Style, la ville est mignonne, populaire, pas craignos. Ne pas lire et croire les forums. Les épiceries turques côtoient sans souci le Monoprice, les Puces et le marché rameutent leur lot de touristes, il y a une cool salle de concert/ locaux de repet’ qui fourmille de collectifs, de side-projects estampillés Mains d’Oeuvres. Je me sens bien mieux ici que si j’avais du habiter dans certains quartiers huppés totalement morts, et qui ne présentent a priori pour intérêt que de magnifiques bâtiments autour desquels on aurait construit une frontière imaginaire comme celle qui sépare les palais de contes de fées et la Cour des miracles. Je ne cracherais pas sur une offre d’habitation à Bastille, hein.

Si l’on omet les loyers abusifs, je ne trouve pas que la vie à Paris soit exceptionnellement plus chère qu’ailleurs. Je pense que tout s’est un peu lissé au moment du passage à l’euro, ma bonne dame. Les resto sont abordables partout, le vin est cher partout. End of the story.
A propos de ça, la seule chose qui me manque vraiment ici serait un bon spot de tapas. Je me suis faite avoir toutes les fois que j’ai suivi des avis internet, j’ai trouvé des restos trop branchouilles et des nice, mais pas le vrai Tapas cher à mon coeur. Bouteille à la mer comme pour l’appart’ à Bastille, lecteurs!

Parmi les plaisirs de ma vie à Paris, je citerais aléatoirement : les vide-greniers avec de belles robes à 1 balle, l’animation du lundi au dimanche, les Puces et ses célébrités, le Jardin des Plantes collé à mon job, les balades en bus (bien moins chères que les Open Tour Paris), les visites de potes, les rencontres et les retrouvailles, un job super, la Seine, le 36 Quai des Orfèvres et le Palais de Justice, les shops remplis de choses mignonnes, les brasseries qui font des angles, le train-train et l’imprévu, les petits concerts, les nouvelles activités de mon mec qui le rendent heureux, les Guerrisol, la place centrale de la ville qui permet de prendre un train ou un covoit’ pour la destination de ton choix facilement, Barbès et la Goutte d’Or le samedi en fin de journée, que sais-je encore.
Et le plaisir de pouvoir s’en évader parfois pour aller respirer l’Atlantique.

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Carolyne Missdigriz : Infiltrate the system

Rencontre avec Carolyne Missdigriz, jeudi 02/10/2014, 2.22 AM

Dans sa chambre entre deux opérations coup de poing.


Salut Carolyne,
Tu m’excuseras mignonne, on se connaît peu, aussi, ce qu’on va faire, c’est que je vais te livrer ce que j’ai l’impression de connaître de toi, et on va tout reconstruire, okay?

Ok, Cool, pour une fois que je suis de l’autre côté d’une interview !

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Mon plaisir. J’ai découvert tes créations Missdigriz en septembre 2009, quand mon frère m’a offert un magnifique étui à lunettes fait de bulgomme (ndr : les nappes en caoutchouc strié dans lesquelles on aime enfoncer ses ongles chez les grand-parents) et de tissu skully… C’était assez original pour l’époque, toutes les nanas du monde n’avaient pas encore un stand attitré dans les vide-greniers vintage… Qu’en est-il aujourd’hui? Tu as toujours le temps et l’envie de bosser là-dessus?

J’ai effectivement porté un petit moment la casquette, ou le bob en bulgomme, d’humble artisane créatrice d’accessoires « fous, futiles et colorfull », pas mal à base de matériaux de récup hasardeux et détournés sous la griffe « Missdigriz Factory ». Ce fut une période assez drôle, improbable…et joyeusement précaire durant 5 /6 ans, qui finalement a englobé la faste période où j’ai vécu dans la ville rose. C’était marrant de s’auto-exploiter pour enquiller les stands de France et de Navarre, du stand sur un marché d’un village perdu, où les âmes locales mataient avec une certaine circonspection tes shortys rose « Missdigriz Razorblade Pussycat », aux trucs plus gros comme les Japan Expo, où là, c’est toi qui te sentais légèrement comme dans « Lost in Translation », le tout avec les copinettes créatrices, souvent toulousaines, davantage punkettes à Kro que total kawaï ! A côté de ça, je ne dormais plus des masses et pour survivre, j’enquillais aussi jusqu’à parfois 3 jobs pas top à la fois, du bénévolat avec mes potes précaires du GAF (ndr : Groupe Amitié Fraternité), les chroniques d’une émission radio bien nommée « Backroom » et la fête, que je prenais assez sérieusement à cette époque. Je pense que ce regain de nostalgie répond partiellement à ta question initiale : En fait, j’ai pensé faire trembler Vuitton et révolutionner le monde de la mode à grand renfort de pochettes têtes de mort en bulgomme. De fait, j’ai traçé à Bruxelles pour entamer un Bachelor en modélisme et design textile, mais en milieu d’une course éreintante entre école et barmaid de nuit pour manger, la crise aidant, j’ai réalisé que mon plan de carrière était légèrement foireux, voire kamikaze. Mon corps commençait aussi à me dire merde et pour couronner le tout, mon blog qui condensait tout le cheminement parcouru et la vitrine de mon boulot a bugué et tout a disparu à jamais dans le vortex des Internet. J’ai pris ça comme un signe. J’ai raccroché sans jamais trop l’admettre, c’est passé d’activité prioritaire à un loisir de détente. J’ai toujours mon atelier en place, je propose notamment des colliers à base de récup’ détournée, j’ai étudié en cours du soir les rudiments de la bijouterie, je fais mon possible pour de temps à autre, proposer des minis collections-capsules, des customisations (durant une nuit de blackout, j’ai remporté une presse à chaud aux enchères sur Ebay, surprise et facepalm lors de la livraison) ou des créations sur commande. J’ai aussi une idée de projet-hommage aux 90’s qui s’appellerait « Nonante 4 » … Mais pour ma santé physique et mentale, c’est encore en stand-by dans les placards de mon atelier et de mon esprit.

Bon. Après ces tumultueuses années où tu étais en plus, je te rappelle, projectionniste dans un ciné d’arts & essais à Toulouse, aujourd’hui te voilà repartie pour apprendre le journalisme d’investigation !
Explique-moi la différence fondamentale entre le journalisme classique et celui qui t’intéresse… Si c’est une histoire de durée d’enquête, tu penses que les types qui bossent pour l’émission ‘Strip-Tease’, et dont on sait qu’ils restent parfois jusqu’à deux ans chez les sujets pour capturer les meilleurs instants et le plus de naturel, font du journalisme d’investigation? A ce propos, j’aimerais savoir si tu penses que cette émission, bien souvent notée de TTT par Télérama, est fondamentalement différente des programmes diffusés par NRJ12 ou TF1 (« Tellement vrai » et autres joyeusetés)?

Avec le journalisme, tout comme la littérature, la musique ou discipline que j’adule, j’ai une approche très humble. J’ai presque peur de m’y coller par crainte de mal faire et par respect. Je n’ai plus la télé depuis plus de dix ans. Je ne pourrais définir globalement ce qu’est le journalisme, surtout actuellement, où il subit une totale mutation mais en tous cas, pour faire de l’investigation, il fait avoir des idéaux, oublier la notion d’objectivité, utiliser toutes les informations, data ou pas, en open-source ou pas, créer une et des hypothèses, « peupler son village » de protagonistes, suspects, victimes et faire son possible pour dénouer une histoire. Faire de l’investigation, c’est savoir raconter une histoire, ne pas aimer l’impunité et ne pas avoir peur de bien ramer avec subtilité pour arriver à ses fins, tout en étant malin comme un singe (ou Colombo).

Pour ‘Strip-tease’, c’est vrai que souvent, la star était un certain pathos mis en exergue souvent grâce à la proximité du tournage, aux personnalités choisies et au montage, mais de là à comparer ça à ‘Bienvenue chez les Ch’tis’, quand même !

Je te titillais, ainsi que toute la Belgique réunie. Revenons-en à nos chatons… Sur quel type d’investigation tu aimerais être missionnée?

J’ai déjà démarré une investigation. Je ne peux trop en dire mais en gros, l’impunité me débecte. Je me penche beaucoup sur la question d’utilisation d’armes sub-létales par les organes de la sécurité intérieure. Tout ça est lié à la loi LOPSI, en France en tous cas.

Dis-moi, Secret girl, quels grands journaliste t’inspirent?

Dans mon idéal de journaliste, ce serait un mix improbable de Hunter S. Thompson pour ce côté si affranchi, novateur, aventureux, borderline et génial, Edwy Plenel pour la moustache et l’efficacité, et April’O’Neal pour son réseau sous-terrain si cool et sa salopette jaune plutôt seyante.

J’irais me renseigner sur cette histoire de salopette, pour les deux autres j’étais certaine que tu les citerais ! Sinon, tu as un blog, tu es journaliste gonzo autoproclamée, tu animes une émission radio, tu peux me parler un peu de TOUT CA?

Oui donc après cette longue phase plutôt manuelle, palpable et artisanale, je suis revenue vers mes fondamentaux ici à Bruxelles : L’écriture, l’observation, les chroniques, l’introspection. Le pouvoir du stylo Bic noir encre fine. Après une longue phase d’écriture compulsive à tendance introspective, j’ai eu la chance d’offrir de mon temps et d’ouvrir de nouveau ma plume en chroniquant pour la rubrique subculturelle d’un feu webzine Bruxellois nommé « Feever, la culture sans vaseline ». J’ai croisé et interviewé de géniaux cinglés : Les Toy Dolls, Liu Bolin, Otto Von Schirach, Jimmy Pantera Seth Gueko … Pour ces entrevues et pour les revues de concerts, c’était plutôt une approche gonzo revendiquée. On peut retrouver tout ça sur mon blog , avec d’autres travaux rédactionnels.

La radio, c’était il y a quelques années sur Toulouse, pour Radio Occitanie. L’émission, 2 heures hebdo de direct s’appelait « Backroom, l’émission gay des précaires décadents » Un pote qui devait reprendre une émission gay sur radio Occitanie. Déjà, dit comme ça, c’est tout un programme. Il a voulu éviter le côté guetto gay et a ramené les potes dont je faisais partie. Après le direct de la première émission, on était certains de nous faire virer sur le champ mais au contraire, l’audimat a explosé et la direction nous a encouragé à nous lâcher sans autocensure. Ca a été 3 géniales années de chroniques on ne peut plus barrées entre potes, des moments d’intenses émotions aussi, de la moquette murales, des jingles débiles podcastés sur Myspace avec un mini-disc, de l’amateurisme empli de stupre et d’amour dégenré sans limite, et des chroniques utiles comme « les fétichistes du mohair, la typologie d’expulsions locales de squats LGBT ou la musculation du périnée ». Pour moi, il y a eu un avant et un après ‘Backroom’. Je dois énormément à cette aventure dans mon cheminement personnel.

Et en plus de ça, tu créés des maquillages fantastiques …

Le grimage, c’est un autre item du couteau suisse que je m’applique à devenir : c’est plus récent. La Belgique possède un truc particulier, unique et formidable. Je ne parle pas de la sauce samurai mais de la formation continue démocratisée, notamment en cours du soir. Donc oui, après deux ans d’apprentissage aux Arts et Métiers avec un prof adorable nommé Stan, je peux prétendre à pouvoir réaliser des make-up FX et des grimages fun mais attention ! j’ai du mal avec les princesses et les papillons ! Plus sérieusement, c’est assez tripant d’avoir accès à un visage pour l’utiliser comme un tableau. J’aime beaucoup l’intimité et la proximité incongrue que cela crée.

Parlons dollars belges si tu veux bien, do you have an alimentaire job?

Actuellement, mon job est plus qu’alimentaire ! Je travaille comme responsable de projets éco-solidaire pour un organe de la région de Bruxelles qui s’occupe de la gestion environnementale. Ma mission, entre autre, est de développer une ressourcerie dans un futur écopole régional. L’air de rien, ça occupe quand même trente heures de ma semaine, et comme si ça ne suffisait pas, j’ai dealé des cours de communication environnementale en soirée. Mais bon, des jobs alimentaires, pendant près de douze ans, je n’ai fais quasiment que ça : de Pizzaïola à Lutin de Noel à psy pour alcooliques heu, barmaid, pardon !

Oui, je te remercie d’ailleurs d’avoir pu te libérer, et de m’accorder ce temps. Enfin, je vois que tu as des choses à dire ! Donc, en dehors de toutes ces activités, tu es une personne qui a une vision assez alternative de la vie en société, un peu germanique selon moi… Peux-tu me parler du projet « A récup' », que je connais toutefois un peu pour l’avoir pratiqué avec enthousiasme à Paris et Toulouse?

Germanique, je ne sais pas, ça me surprends parce que mon parcours est beaucoup trop foutraque pour ça, mais si, je pense comprendre : c’est vrai que les pays du nord de l’Europe sont assez au point avec la conscientisation éco-environnementale. Le projet A Récup’  est mon dernier (gros) bébé. C’est encore parti de manière improbable et anecdotique : Habituée à glaner dans la rue, j’ai constaté qu’il serait cool de communiquer sur les items si nombreux et en bon état à récupérer à un plus grand nombre de gens. De ce constat a démarré un bête groupe Facebook « BXL à Récup’ » et là, ça a décollé de manière totalement inattendue. Les gens ont vite souhaité aussi pouvoir y donner, demander ou échanger gratuitement des objets entre eux. Après un an et demi, il y a près de 17 000 membres Bruxellois et environs 25 000 adhérents entre les villes de France et de Belgique. Les 3 maîtres mots sont Eco-Solidarité, Altruisme, Bienveillance. Les cool feedback et la bonne énergie que cela génère m’emplissent de joie, c’est grâce à ça que j’ai actuellement un chouette boulot et là, je planche sur la création d’une plateforme internet dédiée… Mieux que d’en parler des heures, essayez !

Oui, essayez. Et tu prends part à d’autres activismes? Tu es une personne engagée dans un parti politique, ou tu penses, comme moi, que la politique est surtout une affaire de mode de vie, d’idéaux et de pensée, à vivre au quotidien?

Je pense que tout acte choisi dans sa vie, même le plus anodin est politique. Roland Barthes en parlait plutôt bien et de manière ludique, et Sartre disait « Vous êtes responsables en tant qu’individu ». J’aime bien me rappeler cette maxime. Donc oui, si l’on est doté-e de conscience et d’un soupçon de sensibilité, nous avons forcément des idéaux et des combats. Je ne suis pas affiliée à un parti, même si je préfère que la gauche soit au pouvoir, pour moi, c’est toujours un peu moins pire que le pire. Mais ces gens là ne me représentent pas vraiment et je me sens carrément plus proche des mouvements émergeants post-capitalistes ou de personnages assez radicaux comme Enric Duran (ndr : le Robin des banques). Évidemment, j’apprécierais aussi que l’on s’affranchisse de codifications genrées, que Coca-Cola fasse banqueroute, que les nanas ne soient plus contraintes de prendre des cours de Krav Maga pour survivre dignement en rue, qu’on arrête de créer des charniers humains en migration aux frontières de nos fastes pays, que Clément Faugier fabrique enfin des couvercles pour ses pots de crème de marrons…

Tu évoques ce que les nanas ont souvent à vivre au quotidien dans la rue. Plus généralement, tu te définirais, comme Despentes = féministe, ou comme Coralie Trinh Thi = antisexiste?

Je préfère le mot « Antisexiste » à celui de « Féministe » parce qu’il génère moins de confusion et il est plus compréhensible. Dans ce genre de combat, la vulgarisation est aussi importante que la sur-conscientisation mais j’aime tout autant Despentes que Trin Thi. Tout le monde a sa place dans la lutte pour l’égalité entre toutes les entités humaines que nous sommes. Je comprends toutefois davantage les queers que les mysandres.

Sérieusement, quel type de drogue utilises-tu pour tenir le coup et mener à bien toutes les missions que tu t’es auto-confiées?

Comme si je pouvais me permettre de, en plus, me charger le cortex et la mule avec des bidules ? Honnêtement, je pense que si j’en prenais, là, je pourrais gérer que dalle. C’est fun 5 minutes mais je n’ai plus trop le temps et le besoin de ça. En vrai, je me rends compte que je suis devenue une odieuse punk bobo reloue : je bois du lait de noisettes et du thé sans sucre, ne mange quasi plus de viande, ne bois plus d’alcool fort, ne fume plus de clope, fait 5 heures de sport par semaine, dors enfin pour de vrai et possède une fucking gourde à 20 boules avec un filtre à charbon intégré. Décadence, reviens et kidnappe moi à nouveau !

Sans vouloir avoir l’air de passer de la drogue au tatouage en sifflotant, j’ai vu que tu avais un chouette tattoo sur l’avant-bras… Je ne te connais malheureusement pas suffisamment nue pour savoir si tu en as d’autres… Peux-tu me raconter l’histoire ou un bon mot sur l’UN d’entre eux?

Oui, c’est un chouette petit moment passé avec l’adorable Léa Nahon. Ce que certains prennent pour une hache franc-maçonnique conspirationniste est en fait un simple stylo Bic, -mon arme préférée- à échelle 1:1, avec 2 capuchons et un petit mantra plein de jeu de mots que j’ai inventé pour l’occasion. C’est toujours un peu nul et gênant d’expliquer ce que signifie un tattoo mais le message est plutôt positif sur l’acte d’écrire, de la main gauche qui plus est. Bon, je ne suis pas obligée de parler de ces étoiles en haut du cul ou de cette molaire volante sur mon tibia, hein ?!
MDG2

Non, rassure-toi. Même si je kiffe les molaires.

Autre chose, mon petit doigt en forme de Missdigriz m’a dit qu’un de tes rêves était d’embrasser la carrière de bibliothécaire… Parle-moi de ton rapport aux bibliothèques, des souvenirs heureux (ou pas) qui y sont liés, et donne-moi, selon toi, le meilleur spot du monde en la matière?

Aie Aie Aie, on pourrait en causer toute une vie ! Plusieurs choses me l’ont d’ailleurs sauvée, tout au long de mon existence. Dans ça, il y a : les pogos dans les concerts punk, les cabanes dans les arbres et puis, les livres dans les bibliothèques. Tu me parlais de drogues tout à l’heure ? Et ben justement, le dénominateur commun à ces éléments est la déconnexion au réel. Ma première perche, ça a été en lisant mes premiers bouquins, dès que j’ai su lire. Dès lors, c’est devenu complètement compulsif, excessif, régulier …. addictif ! Môme, j’étais assez solitaire et je me suis créé un univers imaginaire trop cool par le biais la lecture (et les Tortues Ninjas). A l’école, après qu’une instit’ m’ait confisqué mes livres pour que je sociabilise, bosser dans une bibliothèque était devenu mon projet de vie, mon pseudo rêve de môme. C’est simple, je lisais tout ce qui me tombait dans les mains et j’avais déjà boulotté « Less Than Zero » de Bret Easton Ellis avant d’avoir effectué le fameux stage à 14 ans dans la médiathèque du coin, à Saint Juéry dans le Tarn. Et ben c’était pour moi un vrai havre : le calme, des gens éveillés qui t’estiment et te confient des taches intelligentes, comme des critiques de livres pour enfants, et des rayons entiers et infinis d’univers à portée de main, des CD’s de L7, des Beastie Boys ou des Butthole Surfers ! Le meilleur spot du monde. Et ça, pour chacun-e, c’est nulle part et n’importe où, on s’en fout ! A commencer par le bibliobus garé devant l’école. Mais perso, mon refuge mental est une cabane perchée en haut d’un arbre remplie de livres et coupée du monde.

Cool de parler des bibliobus, c’est aussi un super souvenir de lieu atypique où tu peux feuner de la nouveauté, tout en pensant que tu vas pouvoir partir à l’autre bout du monde avec ton butin.

Bon, parlons clairement, tu es une femme du sud (Midi-Pyrénées powa), tu aimes voyager… Penses-tu rester faire ta vie à Bruxelles, t’en revenir à l’ombre des murs roses, ou encore partir beaucoup plus loin? Qu’est-ce qui te plaît particulièrement dans la vie ici que tu n’as jamais connu ailleurs?
Rhaaa ! Le sudistan me manque tant. Je n’ai jamais été aussi chauvine du sud-ouest que depuis que je vis à Bruxelles. Du coup, j’ai la fâcheuse tendance à idéaliser La Toulousie et ses environs. Je pense que c’est dû à mon manque de vitamine D. En tant qu’enfant du soleil, j’en ai besoin pour photo synthétiser et je pense que toi-même tu le sais. C’est horrible mais je perçois davantage ce qui me manque ici : le pain au levain, le vin , le boursin (avé l’accent !) et puis la montagne, la famille, les potes, les Pyrénées, le P’tit London, la luminosité, la solidarité des précaires, la misère qui est moins pire au soleil …Bref, j’arrête là ou je vais refaire comme cet été dans le sud ou j’ai pleuré d’émotion en mangeant de la tapenade (mais elle était super bonne).

Sinon, si on oublie la bouffe locale, les transports publics la météo et certains autres aspects de totale désolation, Bruxelles est vraiment chouette. Ici, le truc, c’est que tu es en permanence destabilisé-e, surpris-e, tout peut une fois beaucoup plus arriver qu’ailleurs, en bien ou en mal, chaque jour en prenant ce foutu tram hors d’âge, le brouhaha des conversations des 4 coins du monde te font voyager en permanence. Mais définir la Belgique en trois mots n’est pas encore dans mes cordes, et ça, c’est plutôt bon signe (et je ne parle pas du Rockerill de Charleroi, hein !). Bon enfin, sinon, pour le fun, on pourrait dire «  Jupiler, Samossa et EBM ». Mais clair, comme disait Marie Curie « je viens du sud et par tous les moyens, j’y reviens ».

Okay, je croyais que c’était Chimène Sardou qui avait dit ça…

Well, merci, Missdigriz, pour finir, je vais te remercier d’égayer mes mirettes toujours en quête de visions capillaires hors du commun…

De rien pour les déclinaisons capillaires. Si un jour je me lance dans un projet de salon de coiffure, ça s’appellera « Sorry Mum ».

Oui, ou un salon de tatouages ! Et je vais te demander de me conseiller un bouquin et un disque, sachant qu’il est PROHIBE de promouvoir ses amis. Ah!

Pour le livre : « Polichinelle », le premier roman de Pierric Bailli. Récente cool découverte. Henry Miller reste un écrivain hors du commun à sans cesse redécouvrir, soit dit en passant.

Et l’album : ‘Boogadaboogadaboogada!’ des Screeching Weasel. Je sais, ça n’a plus d’âge ce disque mais j’ai eu le bol de les voir enfin en live cette année, et l’imbitable Ben Weasel (un mix entre Al Bundy et Dee Dee Ramones) avait vraiment la classe. Si ce n’est déjà fait, allez aussi check Mikky Blanco ou Death Grips en live, même si ces derniers ont splitté, dommage pour vous ! En fait, la musique, je ne l’approche plus qu’en concert, et donc même si j’écris encore des chroniques musicales, je suis larguée sur les sorties récentes d’albums. C’est peut être le signe que je deviens une vieille branche, non ?